La transition écologique, sans les moyens

Le 04 février 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Manuel Valls et Ségolène Royal ont présenté la feuille de route environnementale 2015.
Manuel Valls et Ségolène Royal ont présenté la feuille de route environnementale 2015.
VLDT

Le Premier ministre a présenté la feuille de route, issue de la dernière Conférence environnementale. Un catalogue de vœux pieux et de mesurettes qui ne répondent pas, à l’évidence, aux enjeux du moment.

En présentant la feuille de route environnementale, le Premier ministre Manuel Valls a bien résumé l’enjeu qui se pose à la société et à ses dirigeants: «Nous devons réaliser une profonde transformation de nos modes de vie». D’où l’importance du nombre de mesures issues de la dernière Conférence environnementale et présentées, ce mercredi 4 février, aux membres du Conseil national de la transition écologique (CNTE).

Le cru 2015 de la feuille de route environnementale, en effet, ne comporte pas moins de 3 volets et 73 mesures. Un programme qu’il convient d’éplucher avec soin. Côté grands chapitres, pas de contestation possible: réussite du sommet Climat de Paris (la COP 21), transports et mobilité durables, santé environnementale. Ils seront complétés par la stratégie nationale du développement durable et par un énigmatique plan «administration exemplaire pour la transition écologique», a précisé le locataire de Matignon.

Deux ans de retard

Le gouvernement, c’est entendu, «entend tout faire pour que la COP 21 soit une réussite», a insisté Manuel Valls. Et pour ce faire, son administration va mobiliser large. A commencer par les services de la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC). Chapeautés par Ségolène Royal, ils devront publiés, avant le 15 octobre, la stratégie bas carbone de la France, ainsi que les budgets carbone pour les périodes 2015-2018, 2019-2023 et 2024-2028. La DGEC devra aussi achever la rédaction des programmations pluriannuelles de l’énergie. Des documents qu’elle aurait légalement du transmettre au Parlement en… 2013. Pour la suite, la France se bornera essentiellement à réfléchir et à donner des coups de pouce.

L’Etat «étudiera», par exemple, la création d’un label forestier volontaire pour les projets susceptibles de dynamiser la filière bois. Paris «évaluera» la contribution de l’agriculture à la lutte contre le changement climatique. Comme chaque pays hôte, elle réduira à néant (via la compensation) l’empreinte écologique de la COP21. La France «soutiendra» le développement de véhicules financiers innovants et «promouvra» la prise en compte par les agences de notation des risques climatiques. Du lourd!

La commission moribonde

Pour poursuivre «le renforcement des signaux-prix favorables à la baisse des émissions de gaz à effet de serre», la France ne va pas établir de véritable taxe carbone. Non, elle préfère commencer par étendre le champ d’activité du comité pour la fiscalité écologique, pourtant moribond. L’adaptation ne sera pas oubliée. Un nouveau plan national est déjà prévu pour 2016: il mettra notamment l’accent sur la protection du trait de côte et la préservation des 35.000 hectares de mangroves tricolores. Du travail en perspective pour le Conservatoire du littoral.

Centrales au charbon

Initiée par l’ancien ministre chargé du développement, Pascal Canfin, l’aide au développement poursuit sa mue. Une ligne de crédit en hausse, ces deux prochaines années, abondera le fonds de solidarité pour le développement. Après l’avoir torpillé, la France «plaidera» pour une taxe sur les transactions financières européenne avec une assiette large mais un petit taux. Manuel Valls et Ségolène Royal ont confirmé l’arrêt prochain des garanties de la Coface pour l’exportation des centrales au charbon non équipées de captage-stockage de carbone (CSC). En revanche, nul ne connaît encore le calendrier de cette mesure, «qui doit être négocié avec les industriels concernés», souligne Ségolène Royal, ni sa portée exacte. A supposer qu’elle permette finalement l’exportation de centrales capture ready, cette interdiction ne s’appliquerait, dans les faits, à aucun contrat. Par ailleurs, elle ne concernerait que les affaires réalisées avec les pays en développement. Une catégorie à laquelle n’appartient plus la Chine, par exemple.

Véloroutes et pastilles vertes

Le Premier ministre l’a rappelé: le transport et la mobilité durables sont un enjeu considérable. Raison pour laquelle 7 des 12 milliards dédiés aux futurs contrats de plan Etat-régions leur seront affectés. Pour le reste, peu de choses concrètes. A part, peut-être, la prochaine création d’un plan de développement urbain (PDU) allégé pour les collectivités de moins de 100.000 habitants, la mise en ligne d’une nouvelle pastille verte pour les véhicules les moins émetteurs (une reprise de celle créée par Dominique Voynet en 1998), et de nouvelles conférences sur le fret ferroviaire. A noter aussi la mise à l’étude de véloroutes. Un projet déjà évoqué en 1994 par un certain Michel Barnier, alors ministre de l’environnement. Pour accélérer le développement du véhicule électrique, autre grande cause nationale, le gouvernement n’exclut pas de mettre la main au portefeuille pour financer l’installation de bornes de recharge. Un équipement qui pourra valoir des certificats d’économie d’énergie à leurs financeurs, du moins jusqu’à 2018.

Rares sont ceux qui attendaient un grand soir en matière de santé environnementale. Ils seront déçus. Si l’on envisage de former les professionnels de santé aux questions environnementales, on se propose surtout de recenser les bonnes pratiques, que ce soit pour les aménagements urbains conciliant biodiversité et conséquences sanitaires du réchauffement. On étudiera aussi les causes de l’antibiorésistance.

140 millions d'euros

Après le climat, c’est la qualité de l’air qui sera à l’honneur. D’abord, par la création d’une journée nationale. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) subventionnera le remplacement de vieux poêles à bois par des systèmes plus performants. Enfin, la chasse au vieux véhicule diesel est ouverte. Surfant sur la baisse des ventes observée depuis trois ans, le gouvernement prévoit d’octroyer jusqu’à 10.000 euros d’aides publiques pour le remplacement d’une voiture diesel âgée de plus de 13 ans par un véhicule électrique. Petit bémol: le gouvernement ne dispose que d’une enveloppe de 140 M€ pour financer cette «Royalette». Il n’y en aura pas pour tous les automobilistes.

Les pesticides sont aussi une source de dégradation de la qualité de l’air. Son tarissement assuré passera par la mise au point de méthodologie de surveillance et surtout par la possible autorisation donnée aux parcs naturels régionaux de «définir sur leur territoire des orientations relatives à un usage restreint des produits phytopharmaceutiques». Le grand soir vert, quoi.

 



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