La transition climatique française, selon les ONG

Le 03 septembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les écolos veulent la mort du charbon, en France comme ailleurs.
Les écolos veulent la mort du charbon, en France comme ailleurs.
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Alors qu’à Bonn, les Etats peinent à dégraisser le texte de négociation, les ONG françaises proposent une feuille de route climatique à la France. Ces mesures, expliquent-elles, donneraient de la crédibilité au pays-hôte de la COP 21, fluidifiant ainsi les négociations internationales.

 

Bien, mais peut mieux faire. C’est l’appréciation portée, ce jeudi 3 septembre, par les représentants de 6 ONG sur la toute nouvelle loi sur la transition énergétique pour la croissance verte. «Ce qui lui manque, explique Morgane Créach, du réseau Action Climat France, c’est la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).» Prévue pour la fin de l’année, la publication de cette PPE a été reportée à l’année prochaine. Ce document de planification doit en principe déterminer les centrales nucléaires qui fermeront (difficiles à déterminer du fait des nouveaux retards de l’EPR de Flamanville) et fixer les objectifs en matière de production d’énergies renouvelables et de maîtrise de l’énergie.

Doubler le rythme d’installation des renouvelables

Pour pallier ce manque, les associations font 5 propositions au gouvernement de Manuel Valls. D’abord, accélérer le déploiement des énergies renouvelables. «Pour atteindre l’objectif que lui fixe le paquet Energie Climat 2020 en matière d’électricité, la France doit doubler son rythme annuel d’installation d’éoliennes et de centrales solaires», préconise Jean-François Julliard, directeur général de la branche tricolore de Greenpeace. Ce ne sera sans doute pas de trop. Au printemps dernier, la Commission européenne rappelait dans un rapport que la France n’est pas sur une bonne trajectoire d’équipements en éoliennes ou autres sources de production d’électricité verte.

Autre sujet cher aux protecteurs du climat: le charbon. Malgré l’annonce faite par François Hollande lors de la dernière conférence environnementale, la France n’a toujours pas abrogé les garanties de la Coface pour l’exportation de centrales à charbon. «Or, rappelle Diane Simiu du WWF-France, l’agence internationale de l’énergie considère que la construction de nouvelles centrales au charbon est incompatible avec la stabilisation du réchauffement à 2°C.»

Que le gouvernement respecte les engagements du président

Les ONG plaident pour que le gouvernement respecte les engagements pris par le président de la République. Le ministère de l’écologie y est favorable, mais sa volonté est contrecarrée par celle de Bercy. Le ministère de l’industrie craint qu’une telle restriction n’entrave le rachat d’Alstom par General Electric. Constructives, les ONG proposent de ne supprimer les aides de la Coface que pour les centrales au charbon dénuées de dispositif de captage-stockage de CO2. Une solution technique maîtrisée par Alstom.

Charbon toujours: les associations soulignent un paradoxe. Si King Coal a quasiment disparu de l’Hexagone, tel n’est pas le cas à l’étranger, où les énergéticiens français exploitent de nombreuses centrales. «EDF et Engie exploitent 46 centrales à charbon qui rejettent environ 150 millions de tonnes de CO2 par an», comptabilise Lucie Pinson, des Amis de la terre. Les associations demandent à l’Etat d’initier la sortie du charbon des deux groupes dont il est l’actionnaire de référence[1].

Abonder le fonds vert

L’argent, on l’a vu, est le nerf de la guerre contre le réchauffement. Or, il manque dans tous les trésors publics. D’où l’importance de trouver de nouvelles ressources financières. Nicolas Vercken propose de sortir de l’ornière le dossier de la taxe sur les transactions financières. «Selon les calculs de la Commission européenne, cette taxe pourrait rapporter dans 11 pays de 24 à 34 milliards d’euros par an, dont 6 à 10 milliards pour la France», indique le directeur du plaidoyer et des études d’Oxfam France. De quoi accroître, par exemple, la contribution française au fonds vert climatique (1 Md€ sur trois ans).

De longue date, le monde associatif critique, non sans raison, les effets environnementaux collatéraux de la fiscalité nationale: la détaxation du gazole pour les professionnels de la route n’aide pas à améliorer la qualité de l’air urbain. Sans surprise, les associatifs ont donc bien reçu l’amendement à la loi sur la transition énergétique augmentant la part carbone de la fiscalité de l’énergie. Mais ils proposent d’aller plus vite et plus loin.

Ne plus exonérer les transports

«Telle qu’elle est prévue, la taxation ne changera pas les comportements. Elle est trop faible et ne touche pas des secteurs entiers, comme les transports routiers ou la consommation d’électricité», souligne Morgane Créach. D’où l’idée de profiter de l’élaboration, en cours, du projet de loi de finances 2016 pour alourdir cette taxation: «la faire passer, dès 2016, de 22 à 32 € la tonne et que l’on arrête d’exonérer les transports», propose la directrice du RAC-France. «Sans cela, on n’aura pas l’argent nécessaire au financement de la transition énergétique.»

Cet argent, certains l’affectent déjà. Bernadette Caillard-Humeau l’utiliserait bien pour renforcer le trafic de trains Intercités (dont une demi-douzaine de lignes sont menacées de disparition), financer l’indemnité kilométrique vélo (créée par la loi Royal) et la construction de pistes cyclables dans les villes. «Dans une ville moyenne, un réseau cyclable coûte environ 20 M€, à peine 10 € par habitant», calcule la vice-présidente de la fédération des usagers de la bicyclette. Pas sûr que cette dernière proposition motive les négociateurs de la COP 21.



[1] L’Etat est actionnaire à 84% d’EDF et à 32% d’Engie.

 



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