La toxicogénomique, une alternative aux tests sur animaux

Le 20 avril 2006 par Ludivine Hamy
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Depuis 2004, l’association Antidote Europe défend le principe de la toxicologie scientifique, ou toxicogénomique, comme une alternative à l’expérimentation animale. Présentée comme un moyen rapide et peu onéreux de tester des substances chimiques, la toxicogénomique pourrait-elle faire partie des méthodes adoptées dans le cadre de l’évaluation imposée par Reach? Le milieu de la recherche émet des doutes.

Pour Claude Reiss, président d'Antidote Europe et ancien chercheur du CNRS, une chose est sûre: pour en finir avec les expérimentations animales et pour améliorer la sécurité sanitaire, il faut mettre en oeuvre une méthode d'évaluation fiable des produits chimiques reposant sur des cellules humaines. «En s'appuyant sur la culture de cellules humaines et sur des puces à ADN, composées de fragments de gènes, la toxicogénomique permet d'identifier et de quantifier les gènes qui aident la cellule à résister aux agressions lorsque celle-ci est exposée à une substance toxique, explique Claude Reiss. On peut ainsi observer la réaction de la cellule sur le long terme et savoir quelles sont les probabilités qu'elle développe, par exemple, un cancer.» L'avantage de la méthode? Sa rapidité: les résultats peuvent être disponibles entre 24 heures et 1 semaine. Mais aussi son prix: il faut compter environ 10.000 euros pour tester une substance. «Pour comparaison, les tests effectués dans le cadre du National toxicology programm (NTP) par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) coûtent entre 2 et 4 millions de dollars et durent de 2 à 3 ans», souligne Claude Reiss. A l'heure où l'Union européenne est en train de se doter d'une législation plus contraignante en matière d'évaluation et d'autorisation des produits chimiques (Reach), Antidote Europe propose de créer un Centre européen de toxicogénomique (CET) «capable d'évaluer la toxicité des 12.000 substances retenues dans Reach.» «L'ensemble, construction du centre et tests, coûterait environ le dixième de ce qui actuellement prévu pour Reach», peut-on lire dans un communiqué de presse d'Antidote.

Ainsi, à en croire ses défenseurs, la toxicogénomique serait LA solution d'avenir. Un enthousiasme tempéré par le reste de la communauté scientifique, notamment par le Bureau d'évaluation des risques des produits et agents chimiques (BERPC) (1). Selon Henri Bastos, toxicologue au sein du BERPC, la toxicogénomique est une méthode jeune et l'on ne dispose pas encore du recul suffisant pour estimer sa réelle validité. En outre, elle ne pourra pas remplacer, du jour au lendemain, les tests sur animaux. «C'est une méthode globale, qui permet d'observer l'évolution d'une cellule, mais ensuite il faut quand même effectuer des tests complémentaires sur un organisme. La toxicogénomique pourra au mieux servir à identifier les molécules à traiter en priorité dans le cadre de Reach», souligne Henri Bastos.

En tout cas, pour l'heure, le Centre européen pour la validation des méthodes alternatives (Ecvam), organisme communautaire chargé d'agréer toute nouvelle méthode scientifique alternative aux tests sur les animaux, déclare n'avoir reçu aucune demande de validation pour la toxicogénomique.



(1) Structure partenariale entre l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris), chargée d'évaluer les substances et les produits chimiques




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