La tortue a le virus de l’eutrophisation

Le 01 octobre 2014 par Romain Loury
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La fibropapillomatose, maladie des tortues marines
La fibropapillomatose, maladie des tortues marines
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A Hawaï, la fibropapillomatose, d’origine virale, est devenue la première cause de mortalité chez les tortues marines. Très fréquente dans les zones eutrophisées, elle serait liée à la consommation d’une algue, révèle une étude américaine publiée dans la revue PeerJ. Si le phénomène était avéré, il s’agirait d’un nouvel effet toxique de l’eutrophisation sur la faune marine… et sur les huîtres françaises?

 

La fibropapillomatose, maladie souvent mortelle entraînant des tumeurs au niveau des yeux, de la tête et des nageoires des tortues marines, connaît une forte hausse depuis les années 1980. Présente partout dans le monde, elle est très fréquente dans les pays chauds. Elle est liée à un virus de la famille des herpesvirus, dénommé le «Sea Turtle Papillomavirus».

En 2010, une étude avait déjà révélé que la maladie était particulièrement présente chez les tortues vertes (Chelonia mydas) nageant dans les eaux les plus eutrophisées de Hawaï. A lui seul, ce phénomène suffit à expliquer 72% de la répartition géographique de la fibropapillomatose.

L’équipe de Migiwa Kawashi, de l’université d’Hawaï à Honolulu, vient d’en livrer une explication intrigante: les tortues vertes s’y nourrissent d’algues très riches en arginine, acide aminé qu’elles utilisent comme moyen de stockage de l’azote. Or l’arginine constitue un combustible pour les herpesvirus.

Selon une modélisation menée par les chercheurs, la tortue serait amenée à consommer 14 fois plus d’arginine dans ces zones polluées. Parmi les algues les plus imprégnées, Hypnea musciformis pourrait constituer jusqu’à 90% du régime des tortues. Facteur aggravant, cette algue rouge est d’une faible densité calorique, poussant l’animal à en consommer de grandes quantités.

Les coraux… et les huîtres françaises?

Pour Kyle Van Houtan, co-auteur de l’étude, le problème irait bien au-delà des tortues: «dans ces lieux on observe des maladies similaires chez les poissons et les coraux». En particulier les coraux du genre Porites qui présentent des anomalies de croissance dans ces zones eutrophisées, avec des tumeurs portant la trace d’herpesvirus.

Rien de tel n’a pour l’instant été observé en France, indique au JDLE Alain Menesguen, biologiste en océanographie au centre Ifremer [1] de Brest et spécialiste de l’eutrophisation. Pour la faune marine, les effets de celle-ci sont avant tout indirects, par asphyxie liée à la privation d’oxygène.

Ils peuvent aussi être directs, en raison de toxines produites par les algues. Exemple, la mort massive de saumons en Norvège en 1988, liée aux toxines de l’algue Chrysochromulina. En 1995, la Bretagne a elle aussi connu une mortalité élevée de poissons et de mollusques, liée à l’algue brune Karenia mikimotoi, qui produit également une toxine.

Rien de décrit en revanche pour l’arginine. Mais fait intéressant, la surmortalité des huîtres creuses qui sévit depuis 2008 sur les côtes atlantiques françaises, en particulier les juvéniles, est liée à un herpesvirus, l’OsHV-1. Une nouvelle piste à explorer?

[1] Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.



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