La thermolyse: un procédé à valider

Le 15 mars 2005 par Ludivine Hamy
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
thermolyse
thermolyse

Une unité de thermolyse a été lancée en juin 2004 à Arras. Une première française pour un procédé novateur, peu polluant, qui offre une alternative intéressante à l’incinération. Pourtant, la thermolyse demeure un procédé confidentiel. Pourquoi?

La thermolyse consiste à chauffer les déchets à température modérée (400 à 700°C) en absence totale d'oxygène et à la pression atmosphérique. Cette opération permet de décomposer les matières organiques en coke (phase solide) et en gaz (phase gazeuse). La thermolyse permet ainsi de produire un combustible de substitution (le coke), utilisable dans des installations de combustion de charbon (production d'électricité, industrie).(1) La thermolyse s'applique à tout type de déchets, à l'exception des déchets liquides (2).

Concrètement, la thermolyse (3) commence par une étape de préparation des déchets, avec une phase de broyage, destinée à éviter l'introduction d'objets d'une taille trop importante dans le thermolyseur, suivie d'une phase de séchage. Les déchets séchés sont ensuite introduits dans un four tournant, chauffé indirectement par des fumées chaudes. Au terme du procédé de dégradation thermique, le gaz est extrait du four tournant et brûlé dans une chambre de combustion jouxtant le thermolyseur. Les fumées chaudes produites sont utilisées d'une part, pour le chauffage du four et d'autre part, pour le séchage des déchets. Ces fumées transitent ensuite par une unité de valorisation énergétique qui permet de transformer une partie de l'énergie contenue dans les fumées en vapeur, en eau chaude ou en électricité, suivant les besoins externes. Les fumées sont enfin épurées par un système de traitement avant évacuation à l'atmosphère. De son côté, la phase solide, qui s'apparente à un coke, est soutirée du thermolyseur dans un sas étanche. Elle est ensuite refroidie et débarrassée de l'essentiel des composés chlorés qu'elle contient. Cette étape de refroidissement permet aussi la séparation d'une partie des matières minérales inertes, tels que graviers, verres, métaux non ferreux, qui sont récupérés puis rincés en vue d'un recyclage éventuel. La dernière opération consiste en une filtration et un séchage pour aboutir à un combustible à 20% d'humidité environ, dont le nom commercial est Carbor®.

Les premières applications de la thermolyse au traitement des déchets ont eu lieu dans les années 60 (procédés Kiener ou Andco Torrax). Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), elles ont souffert de problèmes techniques lourds (problème d'étanchéité, d'alimentation, de bouchage). En France, la première usine de thermolyse, dénommées Arthélyse, a vu le jour à Arras en juin 2004. «Le marché de construction a été lancé en 1998, explique Arnaud Ducatez, directeur adjoint du Syndicat mixte artois valorisation (Smav), maître d'ouvrage de l'usine. Mais ce type de projet est long à mettre sur pied.». L'unité, qui a coûté 25 millions d'euros, pourra traiter, dès le mois de septembre, les 50.000 tonnes de déchets des 140.000 habitants du Smav. Le coût unitaire s'élèvera à 90 euros la tonne.

Pour la société Thide Environnement (4), concepteur, constructeur et exploitant de l'usine, Arthélyse est la vitrine en Europe du procédé Eddith développé depuis de longues années, notamment au Japon. «Dès que l'usine d'Arras fonctionnera à plein régime, nul doute que d'autres usines verront le jour en France», assure-t-on chez Thide. La société affirme avoir d'ores et déjà identifié plusieurs dizaines de collectivités locales susceptibles de mettre en place une unité de thermolyse sur leur territoire, soit pour remplacer une installation obsolète, soit pour faire face à une pénurie de traitement. Mais ce sont des projets qui n'aboutiront pas avant 5 ans. Pour l'heure, la thermolyse a encore du mal à s'imposer sur un marché déjà occupé par les centres d'enfouissement techniques et les usines d'incinération.

En outre, la thermolyse manque de référence probante, propre à rassurer et convaincre les élus. Malgré tout, ce nouveau procédé dispose de sérieux atouts. En premier lieu, le durcissement de la réglementation et les exigences accrues de la population en matière d'environnement jouent en faveur d'une technique qui produit très peu de rejets atmosphérique (notamment de dioxines). En outre, le résidu solide de la thermolyse (le Carbor®) présente un intérêt non négligeable pour toutes les installations fonctionnant à base de charbon (centrales thermiques…). Dans la mesure où la France importe chaque année quelque 18 millions de tonnes de charbon, le «charbon pauvre» issu de la thermolyse pourrait être intéressant. «Il nous faut encore capitaliser des preuves sur le traitement du Carbor», reconnaît-on chez Thide. De leur côté, les grands groupes spécialisés dans le traitement des déchets (Onyx, Sita, …) suivent le développement de la thermolyse avec intérêt mais se déclarent gnéralement assez prudents quant à sa mise en oeuvre.



(1) On distingue d'ailleurs la «thermolyse seule» de la «thermolyse intégrée» où la valorisation du coke est effectuée sur place, par combustion ou par gazéification.

(2) Déchets industriels banals, déchets ménagers, déchets industriels dangereux, déchets de pneus, boues séchées…

(3) Selon le procédé de thermolyse (Eddith) développé par la société Thide

(4) Les autres entreprises du marché de la thermolyse sont, entre autres, Thermoselect (Suisse), Serpac Environnement (procédé Pyroflam)



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus