La terre va mal et elle est mal partie

Le 14 octobre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Dans la nouvelle édition de son rapport « Planète vivante », le WWF décrit une planète dégradée. Et dont l’état a peu de chances de s’améliorer.

 

« On ne gère bien que ce que l’on mesure bien », dit l’adage. Est-ce si sûr ? Car, à lire la dernière mouture du rapport « Planète vivante », on ne peut qu’être frappé par un paradoxe.

 

Les scientifiques ne cessent de découvrir de nouvelles espèces (de mammifères même !), d’évaluer de plus en plus précisément le déclin de la biodiversité et d’estimer les dégâts à venir pour nos écosystèmes, soumis à une pression anthropique de plus en plus forte.

 

Malgré cette connaissance de plus en plus fine des milieux vivant (bien que souvent parcellaire), le mode de gestion de notre planète s’avère totalement incapable d’infléchir nos mauvaises pratiques. Nous mesurons de mieux en mieux, mais nous gérons de plus en plus mal.

 

Inutile donc de se cacher derrière l’argument fallacieux de la méconnaissance ou de l’ignorance. Nous le savons, notre orange bleue part à vau-l’eau. Même les personnalités les plus éloignées du monde de l’environnement soulignent l’urgence écologique. Dans l’introduction au rapport que le WWF a publié mercredi 13 octobre, le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ne se voile pas la face. « La protection des écosystèmes et de la biodiversité doit être une priorité dans notre quête d’une économie mondiale plus forte, plus juste, plus propre », écrit Angel Gurria. Hélas, à l’image de celle du Graal, cette conquête de « l’économie plus juste et plus propre » semble un chemin ne connaissant pas la moindre halte. ?

 

Voilà des décennies, rappelle l’étude biannuelle, que la biodiversité s’érode. En couplant un indicateur de la richesse de la biodiversité à l’« empreinte écologique » et l’« empreinte eau », l’organisation environnementale réalise un scanner saisissant de l’état de santé du globe.

 

Indicateur de l’évolution de la biodiversité mondiale, l’indice Planète vivante (IPV) révèle un déclin global de près de 30 % des populations de vertébrés dans le monde, entre 1970 et 2007. L’empreinte écologique est un indicateur qui évalue la surface de terre et le volume d’eau biologiquement actifs requis pour produire les ressources renouvelables que la population utilise, et qui inclut l’espace nécessaire pour les infrastructures et la végétation qui absorbe le dioxyde de carbone rejeté (CO 2). « Selon les données de 2007, les dernières disponibles en date, l’empreinte écologique excède la biocapacité de laTerre – soit la surface actuellement disponible pour produire les ressources renouvelables et absorber le CO 2 – de 50 %. » L’empreinte Eau de production évalue l’exploitation des sources d’eau bleue : celles qui sont utilisées sans être restituées à l’environnement. A ce jour, 71 pays sont, à des degrés divers, en situation de stress hydrique. « Ce phénomène a de grandes implications pour la santé des écosystèmes, la production alimentaire et le bien-être humain. Il risque de s’aggraver sous l’effet du changement climatique. »

 

Sans surprise, celui-ci ne cesse de se dégrader. « Ces indicateurs montrent à l’évidence que la course sans précédent à la richesse et au bien-être de ces 40 dernières années met notre planète à trop rude épreuve. L’empreinte écologique indique que les besoins que nous demandons à la nature de satisfaire ont doublé depuis les années 1960 et l’indice Planète vivante révèle un recul de 30 % de l’état de santé de ces autres espèces qui sont la base des services rendus par les écosystèmes dont nous dépendons tous », rappelle James Leape, le directeur général de l’ONG. Un constat que l’on retrouve dans les 7 précédentes éditions du rapport.

 

Bref, la situation, qui était déjà désastreuse à l’aube du siècle, s’est encore dégradée. La principale nouveauté de l’édition 2010 est d’établir une relation entre la biodiversité des pays et leur… richesse. Pour ce faire, les experts du WWF ont évalué l’empreinte écologique de la plupart des pays du monde. Exprimé en nombre d’hectares nécessaires par habitant, cet indice intègre la surface nécessaire pour absorber les émissions de carbone, la surface de pâturage pour nourrir le bétail, la quantité de bois consommée chaque année, la production marine primaire, la surface de terres cultivées et la surface de terre artificialisée (routes, construction d’immeuble, de parking, etc.).

 

Globalement, l’empreinte moyenne mondiale est d’environ 3 hectares par personne. Rapportée aux 4 principales entités supranationales représentant différents niveaux économiques, l’étude montre que les pays ayant les revenus les plus élevés exercent, en général, une pression plus grande sur les écosystèmes que les pays moins développés. En 2007, les 31 pays membres de l’OCDE représentaient 37 % de l’empreinte écologique de l’humanité, contre 12 % pour les 10 pays de l’Anase (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) et les 53 pays membres de l’Union africaine.

 

Les pays les plus riches sont aussi les plus grands dévoreurs d’espaces et de ressources. Avec près de 11 ha par personne, les Emirats arabes unis et le Qatar arrivent en tête des nations vampirisant le plus l’environnement. Derrière, un petit peloton, composé de la Belgique , du Danemark, de l’Estonie et des Etats-Unis, engloutit ses 8 hectares per capita. Loin devant la France , l’Italie, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et le Japon (autour de 5 ha/individu). En dépit de la vitesse de son développement et de l’importance de sa population, la Chine est loin des « standards » occidentaux : moins de 3 ha par personne. En revanche, les dizaines de pays « les moins avancés » consomment environ 2 hectares par personne.

 

Bien évidemment, les hectares disponibles ne se situent pas forcément dans les pays où ils sont le plus « nécessaires ». Avec 30 ha disponibles par personne, le Gabon est le pays du monde disposant de la plus grande biocapacité par habitant, devant la Mongolie ( 18 ha ), le Canada ( 15 ha ) et l’Australie ( 15 ha ). La France , elle, ne propose que 4 ha de terres cultivées, de pâturages, de forêts et de surfaces de pêche.

 

Comme les surfaces de terre, l’eau est un bien vital dont la consommation varie grandement d’un pays à l’autre. Avec 90 % des volumes consommés dans le monde, c’est l’agriculture qui engloutit le plus d’eau, devant l’industrie (7 %) et les ménages (3 %).

 

Ayant déjà de graves difficultés à sécuriser leur approvisionnement en eau, l’Inde et la Chine sont les plus gros consommateurs d’or bleu : 1.600 et 1.400 kilomètres cubes consommés par an. Troisième du lot, les Etats-Unis absorbent, à peine, leur millier de km 3, soit près de deux fois plus que le Brésil (moins de 600 km 3). LaFrance dépasse de peu les 150 km 3. La consommation des pays les moins avancés se chiffre en km 3 voire en quelques dizaines de km3.

 

Avec une population qui devrait dépasser les 9 milliards d’habitants au milieu du siècle, la situation environnementale de la planète aura du mal à s’améliorer. Car de plus en plus de terres seront nécessaires pour nourrir, chauffer, loger cette population croissante. « Le scénario ‘business as usual’ prévoit que l’humanité utilisera les ressources et des terres à hauteur de 2 planètes par an d’ici 2030, et un peu plus de 2,8 planètes par an d’ici 2050 », estime l’ONG. A moins, bien sûr, que l’Humanité ne passe sur le braquet écologique. Mais cela reste un modèle de développement à inventer.

 



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