La télé-relève en quête de nouveaux débouchés

Le 18 mars 2009 par Sonia Pignet
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Désormais déployée dans tout Paris et dans de nombreuses autres villes, la télé-relève des compteurs d’eau était à l’origine destinée à réduire la consommation des usagers. A défaut d’y parvenir, elle pourrait offrir d’autres services.

Stéphane Courteau est propriétaire d’un restaurant à Paris, rive gauche. Entre les moteurs de refroidissement à eau de ses frigos et son activité de restaurateur, sa facture d’eau est plutôt salée, de l’ordre de 2.200 euros tous les trois mois. Il y a quelques temps, elle a même augmenté de 4.000 €. En cause, une fuite d’eau sous terre, indétectable à l’œil nu et repérée seulement après plusieurs semaines. Depuis, des techniciens de la Lyonnaise des eaux (filiale de Suez Environnement) sont venus poser un dispositif de télé-relève sur son compteur d’eau et Stéphane Courteau peut suivre jour par jour sa consommation d’eau sur un site internet. Si elle dépasse une valeur-seuil ou qu’elle est anormalement élevée durant la nuit, il peut choisir d’être prévenu par SMS ou e-mail, gratuitement.
C’est tout l’enjeu de la télé-relève. «Nous avons lancé cette technologie avec deux objectifs en tête: la protection de la ressource en eau et l’apport de nouveaux services au consommateur final», explique Hélène Valade, directrice Développement durable à la Lyonnaise des eaux. D’après elle, «les fuites peuvent représenter 15 à 20% des quantités d’eau consommées par les Français». Les déceler rapidement est donc un enjeu majeur dans la lutte pour la préservation de cette ressource.
Avec la télé-relève, le consommateur final a désormais en main, théoriquement, les outils pour maîtriser sa consommation. Cependant, pour la rive gauche parisienne, équipée à 99,7% de ces compteurs dits intelligents (la rive droite est l’affaire de Veolia, à travers sa filiale la Compagnie des eaux de Paris, qui a également pourvu quasiment 100% de son parc de comptage), la Lyonnaise indique que seuls 4% de particuliers disposent de cette technologie. Les syndics représentent 80% des usagers de compteurs intelligents et le reste correspond aux bâtiments collectifs ou publics.
L’habitant lambda d’un immeuble parisien a donc a priori peu de chances de pouvoir suivre sa consommation d’eau grâce à ce dispositif et, a fortiori, de la réduire. D’ailleurs, il n’est pas sûr qu’il soit intéressé. Le régime de l’individualisation des contrats de fourniture d’eau, possible depuis 2005, n’a en effet pas rencontré le succès (1). «Sur environ 100.000 immeubles à Paris, seuls 17 ont fait le choix de l’individualisation fin 2008», indique Eric Defretin, chef de la section de l’eau à Paris. Quant aux syndics, il reste à faire auprès d’eux un important travail de communication pour que l’outil devienne efficace, entre ceux qui ne savent pas que leur immeuble est équipé de ce dispositif et ceux qui se heurtent aux problèmes liés à son utilisation, notamment pour l’implication des habitants.

Quid de l’impact réel de la télé-relève sur la consommation d’eau? Il est encore trop tôt pour le savoir. A Paris, le déploiement de la technologie s’est achevé l’an passé, et les services en ligne ne sont disponibles que depuis très récemment. De plus, les grandes villes n’ont pas attendu l’avènement de cette technologie pour réduire leur consommation. «Depuis les années 1980, la consommation d’eau a diminué de 30%», indique-t-on à Eau de Paris, la société anonyme de gestion des eaux de Paris. Une évolution qui s’explique par la réduction des fuites d’eau sur le réseau municipal (passées de 25% à 4%), un déménagement ou parfois de gros efforts des industries les plus consommatrices, du matériel plus économe en eau (chasse d’eau à double bouton, appareil électroménager de classe A, climatisation à eau recyclée), et par le fait que les appartements sont de plus en plus inoccupés une partie de l’année (effet tourisme et résidence secondaire). Finalement, l’impact de la télé-relève pourrait n’être que très marginal dans l’évolution de la consommation d’eau des usagers. Reste que la technologie leur permet de payer des factures basées sur des index réels et non plus sur des estimations, et de façon trimestrielle et non plus mensuelle. Et bien sûr, elle a permis de supprimer les relevés manuels (sauf pour une centaine d’abonnés, sur les 93.000 que compte Paris, qui ont refusé la télé-relève, comme des ambassades par crainte que ce canal permette la diffusion d’autres informations).


Pour équiper les 28.000 compteurs de la rive gauche parisienne, la Lyonnaise des eaux (et donc la ville de Paris à travers le contrat de délégation de service public) a investi environ 4 millions €. «La gestion de chaque compteur [son installation comme sa maintenance] nous coûte un peu moins de 2 € par mois et par compteur», estime Eric de Seguins Pazzis, directeur clientèle chez Lyonnaise des eaux. Il est donc utile de trouver de nouvelles applications à ces compteurs, si l’on ne veut pas qu’ils soient seulement des gadgets coûteux.
Parmi les pistes de développement de la technologie, il y a bien sûr la mutualisation avec d’autres fluides, qui permettrait de baisser les coûts de la technologie. On pourrait, par exemple, utiliser le système d’antennes déjà en place pour faire passer des données sur la consommation de gaz, d’électricité, d’utilisation d’internet, etc. Plus original, «la télé-relève des compteurs d’eau pourrait servir de témoin de vie, par exemple pour les personnes âgées», imagine Hélène Valade. Un arrêt de la consommation d’eau, s’il était repéré dans la journée, pourrait ainsi être le signe d’un problème chez un particulier. «Nous cherchons de nouveaux services avec cette technologie», confirme Suez Environnement.
Autre possibilité pour rentabiliser l’investissement, facturer certains services aux utilisateurs directs (et non à l’agglomération). Alors que les alertes sont gratuites dans la capitale pour les consommateurs finaux, elles seront par exemple payantes à Bordeaux pour l’usager, qui aura le choix de s’équiper ou non.

Dans la capitale, la remunicipalisation du service de l’eau, en 2010, va changer la donne. Si la ville s’est engagée sur la continuité de service, et la proposition de nouveaux services (sans augmentation de la facture d’eau), «notre collaboration est en cours de définition», confie-t-on chez Lyonnaise des eaux. «Il n’est pas exclu que certains services actuellement en tests deviennent payants, comme les alertes de fuite ou de dépassement de la consommation maximale», indique Eric Defretin.

(1) Dans le JDLE «Factures d’eau: l’individualisation n’est pas la panacée»


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