La sûreté nucléaire selon EDF

Le 03 mars 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Sur le terrain, l'organisation du travail est désormais très complexe.
Sur le terrain, l'organisation du travail est désormais très complexe.
VLDT

L’inspecteur général pour la sûreté et la radioprotection d’EDF vient de publier son rapport. Verdict: la situation est bonne. Mais les signaux faibles se multiplient.

 

La sûreté nucléaire n’est pas seulement l’affaire de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Rendant directement compte au PDG, une équipe interne inspecte régulièrement les sites de l’opérateur historique et de certains de ses concurrents. But de cette inspection interne: vérifier le respect des référentiels, mais surtout faire remonter au sommet de la hiérarchie les difficultés rencontrées, sur le terrain, par les opérateurs.

Un sous-marinier au rapport

Traditionnellement, la direction de l’inspection pour la sûreté nucléaire et la radioprotection est confiée à un officier en retraite ayant fait ses armes dans l’atome. Depuis 2013, c’est le vice-amiral François de Lastic Saint-Jal qui fait rapport au patron d’EDF. Ironie de l’histoire, cet ancien commandant de sous-marin nucléaire d’attaque a fini sa carrière militaire comme directeur adjoint du renseignement militaire.

Peu d’arrêts de tranche

Publié ce vendredi 3 mars, son rapport annuel est riche d’enseignements. Malgré les ‘tempêtes’ soulevées par les affaires des pièces ‘trop’ carbonées, des dossiers barrés d’Areva, le niveau de sûreté des parcs français et britannique d’EDF est plutôt bon. «Pour la 4e année consécutive, le groupe EDF n’a pas connu d’événement de sûreté supérieur ou égal à 2.» En France, «le nombre d’arrêts automatiques de réacteurs (28 contre 38 en 2015, 21 en 2014) est le meilleur jamais atteint.» Outre Manche, l’un des réacteurs de la centrale de Heysham 2 a battu «un record du monde d’exploitation entre deux arrêts pour maintenance (940 jours)».

Faible taux de disponibilité

Le rôle de l’inspection interne n’est pas de se satisfaire de bons chiffres. Mais de détecter les signaux faibles, ces petits riens qui annoncent parfois la survenue d’incidents sérieux, voire pire. Ces signaux ne manquent pas. Notamment en France. En témoigne le taux de disponibilité des réacteurs métropolitains qui flirte avec les 80%: trois points de moins qu’en Grande-Bretagne. Aux Etats-Unis, le facteur de charge moyen est régulièrement supérieur à 90%.

Travail trop complexe

Comment expliquer pareilles différences? Les gendarmes de la sûreté d’EDF le claironnent depuis des années: le travail des techniciens et des ingénieurs des centrales est devenu terriblement complexe. «Placée dans un environnement en pleine évolution, l’entreprise fait l’objet de réorganisations permanentes. La volonté de simplifier, affichée en ces occasions à tous les niveaux, relève encore trop de l’incantation. De fait, les organisations deviennent toujours plus complexes et ne permettent plus au personnel de situer son action dans le champ de l’entreprise», écrivait l’inspecteur d’EDF… en 2003. «Ce texte me paraît toujours d’actualité, en France, comme au Royaume-Uni», estime François de Lastic Saint-Jal.

A la complexité des organisations, s’ajoute le renforcement des exigences (réglementaires, techniques, économiques, de sûreté) qui maintiennent trop souvent les managers loin du terrain et les opérateurs sans encadrement.

Exemple. Lors d’un arrêt de tranche pour travaux de maintenance, des techniciens ont mal installé le moteur électrique d’une pompe. Cette malfaçon a dégradé un joint d’étanchéité, provoquant une fuite du circuit primaire et l’arrêt automatique du réacteur. Pour n’avoir pas vérifié la qualité de leur travail, les techniciens ont allongé de 10 jours la durée de l’arrêt de tranche, occasionnant un manque à gagner pour EDF de près de 10 million d’euros.

Résultat, des chantiers mal préparés, obligeant les prestataires à passer plus de temps que prévu et l’opérateur à maintenir à l’arrêt ses réacteurs. La qualité des travaux laisse de plus en plus à désirer: depuis 2012, le nombre d’incidents imputables à des malfaçons ne cesse de progresser (199 en 2015, contre 189 en 2014 et 168 en 2012).

Pesant déjà sur le résultat économique de l’entreprise (lire encadré), ces ‘non-qualité d’interventions’ sont inquiétantes alors qu’EDF s’apprête à lancer son programme de Grand Carénage pour prolonger la durée de vie de ses réacteurs français.

Ce phénomène est d’autant plus problématique qu’il se situe à une période charnière pour EDF. L’électricien est en passe de remplacer le personnel de ses centrales nucléaires. Les arrivants sont encore peu expérimentés. Et ils seront prochainement épaulés par des novices. Que les premiers n’aient pas encore ‘digéré’ toutes les consignes n’est donc pas de bon augure pour la suite.

 

 



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