La stratégie nationale de santé ignore la santé environnementale

Le 18 juillet 2013 par Marine Jobert
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Endiguer l'épidémie d'obesité chronique.
Endiguer l'épidémie d'obesité chronique.
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Marisol Touraine l’aurait qualifié de «mauvais», mais sans que l’on sache encore pourquoi. Il est certain que si la ministre de la santé cherche dans le rapport consacré à la stratégie nationale de santé –qui lui a été rendu discrètement le 21 juin dernier par 7 «hautes personnalités du monde de la santé et de la recherche»- la moindre proposition relative à la santé environnementale, elle risque de s’abîmer les yeux. C’est ce que dénonce le réseau Environement-Santé. «On cherche en vain dans le constat une indication sur la situation sanitaire de la France. Aucune référence n’est faite à l’épidémie de maladies chroniques si ce n’est au travers de la prise en charge par un parcours de soins coordonnés», s’étonne André Cicolella, son président, qui dénonce des rédacteurs qui «vivent en vase clos».

 

En effet, pas une ligne n’est consacrée à la qualité de l’air, ou à la qualité de l’eau potable. Une seule référence lapidaire aux nanotechnologies. Rien sur les radiofréquences. Quant aux perturbateurs endocriniens, ils sont totalement inconnus au bataillon. «N’ont-ils jamais entendu parler de la déclaration de New York votée à l’unanimité par l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2011 [JDLE], qui affirmait : 'Le fardeau et la menace que les maladies non transmissibles représentent à l’échelle mondiale constituent l’un des principaux défis pour le développement au XXIe siècle'?», demande le chercheur de l’Inserm. «Ont-ils suivi l’actualité autour de l’interdiction du bisphénol A et de la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens?»

 

Les maladies chroniques représentent deux tiers de la dépense de santé (et 3% du PIB), écrivent les Sages, qui vont jusqu’à redouter un «tsunami» de ces maladies. Le vieillissement de la population leur semble être un facteur essentiel dans la survenance des maladies des 10 prochaines années. «Il est peu de dire que la société française n’a pas encore pris la bonne mesure de son vieillissement, qui impactera non seulement les besoins mais tout autant les modes d’action et la culture collective, et dont les conséquences en termes de poly-pathologies, de pertes d’autonomie et de chronicité sont plus qu’un défi, un mur!». Si l’âge est une donnée sur laquelle on ne peut rien, quelle marge de manœuvre comportementale aurions-nous? L’action doit passer par «le tabac, l’alcool, la manière de se nourrir», au même titre que «les conditions sociétales, économiques et physiques», énumèrent les auteurs.

 

Une vision dépassée selon André Cicolella, qui met en avant la déclaration de Paris de mai 2012 issue du colloque international Programmation prénatale et toxicité: «Beaucoup des grandes maladies -et des atteintes fonctionnelles- dont la prévalence a augmenté substantiellement au cours des 40 dernières années apparaissent liées pour partie à des facteurs de développement consécutifs à des déséquilibres nutritionnels ou des expositions environnementales aux substances chimiques: obésité, diabète, hypertension, maladies cardio-vasculaires, asthme et allergies, maladies immunes et auto-immunes, maladies neuro-développementales et neuro-dégénératives, puberté précoce et infertilité, certains types de cancer, ostéoporose, dépression, schizophrénie et sarcopénie».

 

Trois semaines après avoir été rendu, le rapport n’a pas été dévoilé publiquement. Pas sûr que cette attaque en règle contribue à le rendre plus populaire.

 

 



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