La sous-taille, principale raison des rejets de poisson

Le 20 mars 2015 par Romain Loury
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65% des rejets liés à une sous-taille
65% des rejets liés à une sous-taille

Dans la mer du Nord, près de deux tiers de la masse de poissons rejetés le sont en raison de leur petite taille, et non pour des raisons de quotas ou parce qu’il s’agit d’espèces difficiles à commercialiser, révèle une étude publiée dans la revue PLoS ONE. Sans une meilleure sélectivité des captures, ni les stocks ni les pêcheurs ne trouveront leur compte dans l’obligation de débarquement, dont la mise en place au niveau européen a débuté en janvier.

Selon cette étude de modélisation menée par Michael Heath et Robin Cook, mathématiciens à l’université de Strathclyde de Glasgow (Ecosse), 35% des poissons capturés en 2011 étaient aussitôt rejetés en mer, contre «seulement» 25% en 1978. Raison première de ces rejets, 65% d’entre eux concernaient des poissons «sous-taille».

Ce qui met à mal l’idée selon laquelle les quotas de pêche seraient à l’origine de ces rejets: «la raison fondamentale de cette proportion accrue de rejets, c’est que les stocks sont de plus en plus dominés par des poisons de petite taille, héritage de la surpêche», juge Michael Heath.

«L’interdiction des rejets va forcer les marins à utiliser leur capacité de stockage à bord afin de transporter des poissons pour lesquels il n’existe pas de réel marché. Cela va avoir un effet néfaste pour l’industrie de la pêche, sans bénéfice réel pour les stocks. La seule manière de résoudre le problème est d’améliorer la sélectivité des captures, de manière à ce que les petits poissons ne soient plus capturés», renchérit Robin Cook.

Un bâton pour la sélectivité

C’est exactement dans ce sens que Stéphan Beaucher, de l’organisation Pew, l’entend. Qu’ils soient relâchés morts en mer ou débarqués dans le port, ces poissons de petite taille sont perdus pour l’écosystème, donc «le bilan est nul».

«L’interdiction des rejets et l’obligation de débarquement constitue un bâton pour obliger les pêcheurs à la sélectivité, par exemple qu’ils n’aillent pas dans des endroits où ils vont systématiquement trouver des poissons de petite taille», explique-t-il au JDLE.

Et de ce côté-ci, il est clairement possible de mieux faire, ajoute Stéphan Beaucher. Exemple, une récente expérience menée en Irlande, avec des mailles élargies à l’ouverture («gueule») du chalut, réduisant les rejets jusqu’à 70%.

Idem en France, assure le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), qui évoque des travaux menés dans le golfe de Gascogne et dans la Manche: «de nombreux efforts ont été faits sur la sélectivité, même s’il reste des progrès à faire».

Des filières quasi-inexistantes

La question du débouché pose problème, reconnaît-on de part et d’autre, en l’absence de filières de prise en charge de ces poissons jusqu’alors rejetés. Qu’ils soient en sous-taille, ou qu’il s’agisse d’espèces sans intérêt commercial, «on ne trouve pas d’acheteur, mais cela dépend du port d’embarquement, de la région», certaines espèces pouvant convenir dans certains lieux, pas ailleurs, indique le CNPMEM.

Tel est l’objectif du projet Eode, porté par le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) Nord-Pas-de-Calais Picardie, qui vise à «évaluer les stratégies et solutions techniques envisageables pour s’adapter à l’obligation de débarquement», afin de «limiter la perte de chiffre d’affaires et les conséquences socio-économiques de celle-ci».

Dans l’esprit de l’obligation de débarquement, toute nouvelle filière ne devrait viser qu’à éviter le gaspillage de protéines, et non à décourager les efforts de sélectivité. Avec la politique commune de la pêche (PCP, qui inscrit l’interdiction des rejets dans laloi), qui ne prévoit qu’une indemnisation du fuel, «il vaudra mieux rester chez soi qu’aller pêcher du rejet», juge Stephan Beaucher. Ces poissons anciennement rejetés ne pourront pas se retrouver dans l’alimentation humaine, uniquement dans l’alimentation animale.



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