La SNPE dépollue son site d’Angoulême

Le 06 avril 2006 par Christine Sévillano
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Nitrocellulose from Nobel Enterprises - Characteristics
Nitrocellulose from Nobel Enterprises - Characteristics

La SNPE va prochainement lancer la dépollution de son site d’Angoulême, l’un des tout premiers à avoir produit de la nitrocellulose, qui entre dans la composition des poudres à canon. Une activité qui a pollué pendant près un demi-siècle avant qu’une fosse de décantation soit construite.

Dans quelques jours, la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE) va commencer la dépollution de son site d'Angoulême. Elle va surtout procéder à la destruction de la nitrocellulose, un produit pyrotechnique fortement énergétique dont les propriétés ne se dégradent pas dans le temps. Utilisée dans la fabrication de poudre à canons et armes, la nitrocellulose était fabriquée selon des procédés mis au point en 1888 avec de l'acide et des lavages répétés produisant des rejets très polluants. Jusque dans les années 50, les eaux chargées de particules de nitrocellulose étaient rejetées dans le milieu naturel. Puis les anciens dirigeants ont édifié une grande fosse de décantation pour les eaux blanches qui, après dégagement des impuretés, étaient rejetées dans la Charente. Elle a servi jusqu'en 1990 (1). «A l'arrêt des activités du site en 2000, suite à un diagnostic, nous avons redécouvert ce passé industriel et ce sont 5.000 tonnes de boues plus ou moins riches en nitrocellulose qui ont été mises à sec», explique Jean-Frédéric Dartigue-Peyrou, directeur du site de la SNPE d'Angoulême.

L'entreprise a mis au point une unité de traitement thermique pour récupérer et traiter les boues. Celles-ci sont mélangées dans le four avec du sable ce qui leur enlève leur pouvoir pyrotechnique et à température élevée, la nitrocellulose se décompose. Le sable demeure en circuit fermé et il est réutilisé dans le processus, permettant une économie de 30.000 tonnes de sable sur les 3 ans que va durer l'élimination des matières contenues dans la fosse. La direction cherche actuellement des débouchés pour les poussières fines issues de la nitrocellulose décomposée et inerte et du sable. Elle espère pouvoir convaincre les industries de production des tuiles et des carrelages. L'installation permet également le traitement des rejets gazeux produits au cours de l'élimination: les oxydes d'azote et les dioxines, issues de la décomposition de végétaux qui se sont déposés dans la cuve. «Nous avons des analyseurs en continu afin de nous assurer de la qualité des rejets. Nous escomptons être à environ 5 kilogrammes (kg) d'oxyde d'azote par heure, soit en dessous de la norme des 25 kg et pour la dioxine, nous devrions respecter la réglementation européenne sur les incinérateurs, soit moins de 0,1 nanogramme de dioxines par normo-mètre cube (ng/Nm3) de fumées émises.

Une seconde phase débutera après le traitement de la fosse puisque 20% des 200 hectares du site d'Angoulême sont pollués par la nitrocellulose. Cette dépollution devrait prendre une dizaine d'année, même si le tonnage à récupérer est pour le moment encore méconnu. «Il faut rappeler que la production a duré un siècle, une longue période pendant laquelle 2 guerres mondiales se sont succédées, la première ayant été très consommatrice d'obus, jusqu'à 500.000 par jour lors de certaines batailles de la Somme. Pour comparaison, les industriels en produisent de nos jours à peine 10.000 par an», poursuit le directeur. L'investissement nécessaire aux études, au développement du procédé et à la fabrication de l'unité s'est élevé à près de 10 millions d'euros et son exploitation coûte 5 millions d'euros annuels. L'opération est financée par l'Etat, propriétaire du site qui s'était engagé à garantir le passif environnemental pour Angoulême lors de son prêt en 1972 à la SNPE. Sur les autres sites, la nitrocellulose est produite avec des techniques plus innovantes. «A Angoulême, la fabrication de cette matière a commencé 4 ans seulement après qu'elle a été inventée. On ne maîtrisait alors pas encore tous les rejets», ajoute Jean-Frédéric Dartigue-Peyrou.

D'autres polluants ont été repérés, il s'agit de métaux lourds présents dans des remblais édifiés au bord de la Charente par les anciens dirigeants de l'usine selon les besoins en eau. Ils sont allés chercher des résidus de mâchefers et d'autres matériaux d'origine industrielle. Toutefois, les métaux ont été détectés en quantités minimes et la SNPE procèdera à des traitements uniquement en fonction du futur usage du site. S'il s'agit de logements ou de locaux à destination des enfants (crèches, écoles), elle devra certainement les excaver, ce qui n'est pas dans ses obligations si le site se couvre d'espaces verts. Le principal intéressé par le terrain est la Communauté d'agglomération du grand Angoulême (Comaga) qui réfléchit à implanter diverses activités telles qu'un agrandissement du stade voisin, la conservation d'une zone boisée, la création d'un espace dédié aux éco-industries, ou encore la construction de logements.



(1) La production de la nitrocellulose a pris fin à cette date.




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