La SNB à la reconquête de la biodiversité

Le 19 mai 2011 par Célia Fontaine
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Symboles de la biodiversité: les abeilles sont en déclin.
Symboles de la biodiversité: les abeilles sont en déclin.

L’Etat a présenté, aujourd’hui 19 mai, la nouvelle Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) 2011- 2020, placée sous le signe de la «reconquête». Elle fait suite à la stratégie de 2004, qui avait fixé comme objectif à la France de stopper la perte de la biodiversité d’ici 2010. Mais la nouvelle version de la stratégie sera-t-elle plus efficace, sans l’adhésion de certains acteurs comme les représentants du monde agricole ?

 
Malgré les engagements internationaux, européens, nationaux et locaux, la biodiversité ne cesse d’être mise à mal. Les habitats naturels, détruits et fragmentés pour les besoins humains, réduisent les milieux de vie disponibles pour les espèces et leurs possibilité de déplacement. Les pollutions (air, sols, cours d’eau, océans) perturbent les écosystèmes, et l’exploitation des espèces à un rythme supérieur à la vitesse de renouvellement de leurs populations entraîne leur déclin. Il faut également prendre en compte les menaces liées aux espèces invasives ou encore les changements climatiques qui perturbent les cycles de vie.
 
Considérée comme la réponse de la France aux engagements pris en octobre dernier à Nagoya, lors de la réunion de la Convention sur la diversité biologique, la SNB a entamé sa révision en juillet 2010 et a été soumise à consultation du public (dans le JDLE).
 
Un comité de révision de la stratégie nationale pour la biodiversité a été mis en place, réunissant les différents ministères et les parties prenantes, dans l’esprit de la gouvernance partagée instituée par le Grenelle Environnement (dans le JDLE). «Il y a eu une écoute réciproque remarquable, ce qui a permis de faire émerger des idées innovantes», a déclaré ce matin Jean-Claude Ameisen, président du comité.
 
Il ressort de ce travail 20 objectifs, déclinés en 6 orientations stratégiques: susciter l’envie d’agir pour la biodiversité, préserver le vivant et sa capacité à évoluer, investir dans le bien commun/le capital écologique, assurer un usage durable et équitable de la biodiversité, assurer la cohérence des politiques et l’efficacité de l’action, développer, partager et valoriser les connaissances. Plus de 140 organisations professionnelles, associations, élus, ONG, syndicats, établissements publics se sont engagés à mettre en place un plan d’action. 
 
«Le temps de la reconquête est venu. Il ne s’agit pas seulement de préserver l’existant, car la situation actuelle en matière de biodiversité n’est pas satisfaisante. Il faut reconquérir, et cela passe par l’action sur le territoire», a affirmé Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre en charge de l’écologie.
 
Il fallait trouver un angle différent de celui choisi en 2004, qui n’a manifestement pas porté ses fruits. «Les acteurs, surtout locaux, vont porter la SNB dans leurs réseaux, regarder la faisabilité et l’implantation des plans d’action dans les 18 mois», explique Odile Gauthier, directrice de l’eau et de la biodiversité au ministère de l’écologie.
 
On a bien un dispositif qui permet l’appropriation par l’ensemble des acteurs, concède Christophe Aubel, directeur de la ligue Roc. «Mais la biodiversité ne doit plus être une variable d’ajustement qui arrive quand tout est fait. L’Etat doit assumer ses responsabilités», prévient-t-il.
 
Si les collectivités territoriales vont devoir être dynamiques, l’Etat n’est pas en reste. «La SNB est publiée sous le timbre du Premier ministre, comme la stratégie nationale pour le développement durable (SNDD). Tous les ministères se sont engagés, pas seulement celui du développement durable», insiste Nathalie Kosciusko-Morizet.
 
Plusieurs appels à projets vont être ouverts aux collectivités, établissements publics, entreprises et associations. Ces appels portent par exemple sur le rétablissement de continuités écologiques sur des infrastructures de transport existantes, sur la restauration de sites dégradés remarquables ou fragiles, sur l’élaboration de trames vertes et bleues (TVB) urbaines ou encore la valorisation de friches industrielles et portuaires.
 
L’Etat lancera en outre dès 2011 le chantier de création d’une cartographie nationale des habitats naturels et semi naturels, à l’échelle du 1/25000e, en vue d’une finalisation pour 2018. Le développement des atlas de la biodiversité sera également étendu à d’autres communes. «En outre-Mer, qui héberge 3.500 espèces végétales et 400 animaux vertébrés uniques au monde, l’Etat réalisera notamment une enquête sur les espèces végétales récoltées pour un usage traditionnel. Enfin, il ouvrira un service Biodiversité au sein de la fondation du patrimoine afin de mobiliser le mécénat en faveur de la biodiversité», énumère le ministère.
 
Si tous les acteurs se sont mis d’accord sur l’idée de la reconquête de la biodiversité, certains sujets ont été plus délicats. Par exemple, pas de consensus autour de la question de la création de servitudes d’environnement, permettant d’affecter à un opérateur la taxation d’une partie des plus-values réalisées par des propriétaires riverains d’un patrimoine naturel. Or un tel système permettrait de financer la gestion d’espaces fragiles sur le littoral ou insérés dans la TVB. De même, le débat persiste sur la création de l’Agence de la nature. L’engagement n°78 du Grenelle de l’environnement prévoyait de créer «en 2008 une mission parlementaire sur l’opportunité de création d’une agence nationale d’expertise sur la biodiversité, regroupant les établissements publics existants concernés, dotée d’instances de concertation territoriales à définir» (dans le JDLE). Or «il n’y a pas de consensus sur le périmètre de cette agence aujourd’hui», annonce NKM.
 
Autre recul, celui du monde agricole. Pourtant présentes tout au long des 9 mois de révision de la SNB, les organisations agricoles n’ont pas voulu s’engager aujourd’hui. En cause, un «conflit d’agenda», justifie la ministre. Actuellement accaparées par les problèmes liés à la sécheresse, la priorité ne va pas à la biodiversité. «Mais il est tout à fait envisageable qu’il y ait adhésion dans quelques semaines», rassure-t-elle.
 
«On perd plus de 700.000 hectares productifs tous les ans en France. Le monde agricole est complexe: il faut produire toujours plus pour satisfaire une population grandissante, mais en même temps il faut sanctuariser les espaces pour protéger la biodiversité. Aucune démarche n’est efficace si elle n’est pas pérenne et pas financée», selon Joseph Ménard, vice-président de la commission Environnement de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA).
 
L’Etat a injecté 50 millions d’euros pour la première tranche de cette SNB révisée. «Ce montant vient s’ajouter à ce qui a déjà été engagé dans le cadre du Grenelle de l’environnement et les actions de l’Etat ordinaires», précise NKM. Et ne pas préserver la biodiversité engendrerait un coût équivalent à 7% du PIB mondial à l’horizon 2050, rappelle-t-elle.
 
La biodiversité doit être inclue dans les facteurs de décision économique a d’ailleurs rappelé Laurence Parisot, la présidente du Medef le 17 mai. Le mouvement patronal a donc l’intention de jouer un rôle actif pour inciter les entreprises à décliner à leur niveau la SNB présentée aujourd’hui.


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