La Seine-Maritime lutte contre la turbidité de son eau

Le 21 octobre 2004 par Loïc Chauveau
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

33.000 habitants de la région du Havre et d’Etretat ont été privés d’eau potable en début de semaine. La turbidité de l’eau, coupable, provient de l’érosion des sols agricoles. Les collectivités locales, les pouvoirs publics et l’Europe tentent de remédier à un mal récurrent.

Entre le vendredi 15 et le lundi 18 octobre, il est tombé 150 millilitres d'eau par mètres carrés sur la région du Havre et d'Etretat. L'eau a raviné les limons de surface et s'est engouffrée dans le réseau karstique de la couche de craie située en dessous des limons. Rapidement les captages d'eau potable ont atteint des niveaux de turbidité empêchant toute consommation humaine: «Cet épisode orageux est arrivé alors que les semis de blé viennent d'être effectués et que le passage des engins pour la récolte de maïs ont tassé les sols, explique Jean-François Ouvry, directeur de l'Association régionale pour l'étude et l'amélioration des sols (Areas). Le limon s'est vite trouvé saturé et la violence des précipitations a entraîné des particules dans les nappes souterraines». La principale raison de la pollution reste donc les méthodes culturales des plateaux haut-normands. Les semis d'hiver et les récoltes tardives de maïs et de betteraves impliquent que de nombreux terrains restent nus l'hiver, ce qui favorise leur érosion.

Depuis le début des années 1990, les catastrophes s'enchaînent. En 1997 et 1999, des villages entiers ont été noyés sous des coulées de boues. A chaque fois, l'alimentation en eau potable est coupée sur de longues périodes. Les premières études du phénomène datent de 1995 avec la création de l'Areas. Mais les travaux se sont accélérés avec le document unique de programmation 2002-2006 signé entre les pouvoirs publics, les collectivités territoriales et l'Europe via le Fond européen pour le développement régional (Feder) : «Il s'agit d'aider les agriculteurs à financer les techniques permettant d'éviter l'érosion des sols, explique Véronique Lecomte, en charge du dossier à la Chambre d'agriculture de Seine-Maritime. Ainsi, 80% des frais de plantations de haies ou de reconstitution des mares sont subventionnés.» Les agriculteurs sont incités à ne plus laisser les sols nus l'hiver en semant de la moutarde ou du ray gras. Ils laissent des bandes enherbées en bordure de champ et utilisent de nouvelles méthodes de labourage et de hersage pour garder des sols plus absorbants. Ces méthodes sont lentement mis en pratique. Sans attendre l'effet des actions menées en amont, les présidents des syndicats des eaux de Seine-Maritime cherchent des moyens d'éviter les coupures d'eau. Réunis au sein de la Fédération des collectivités de l'eau, structure originale qui regroupe tous les syndicats de distribution du département, les élus testent depuis peu les techniques permettant de dépolluer rapidement: «Le Havre exploite ainsi deux usines de filtration, rappelle Jean-Noël Foulex, directeur de la fédération.

Des communes ont acheté des unités d'ultrafiltration compactes. D'autres ont mené des études sur le réseau karstique et les voies empruntées par l'eau de surface. On peut ainsi construire des bassins de rétention qui protègent les points de captage.» Ces travaux sont en cours. Ils vont coûter plusieurs dizaines de millions d'euros. Ils pourraient bien ne pas s'avérer suffisants. Observateur privilégié du climat normand, Jean-François Ouvry s'inquiète: «Nos relevés de précipitations montrent que les pluies sont plus courtes et plus violentes qu'il y a 20 ans, assure-t-il. Le dernier épisode le montre. Des orages aussi violents en Normandie au mois d'octobre, on n'avait jamais vu ça.»


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus