La sécurité déficitaire des salariés temporaires

Le 18 octobre 2005 par Christine Sévillano
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Un colloque d'Eurogip a permis de mettre en avant le déficit de sécurité chez les travailleurs temporaires mais aussi de rechercher des solutions, notamment au travers de certains retours d'expérience chez Colas et Arcelor.

Un colloque organisé par Eurogip, groupement d'intérêt public (1), le 14 octobre, a mis en avant le manque de conditions de sécurité des travailleurs temporaires, pour le moment partie infime de la population active, mais qui devrait se développer. On compte 2 millions de travailleurs temporaires en Europe qui représentent 2% de la population active, mais 4,8% en Grande-Bretagne ou 3,1% aux Pays-Bas, et la demande pourrait faire augmenter le nombre de ces salariés pour atteindre 4 millions d'ici 2010. Problème: ils sont plus souvent victimes d'accidents du travail que les salariés permanents.

Le taux de fréquence des accidents, qui fait le rapport entre le nombre d'accidents avec arrêt et le nombre d'heures travaillées, atteint en effet 57 chez les travailleurs temporaires contre 27 pour les salariés du régime général en France. Et ce malgré la directive du 25 juin 1991 sur la sécurité et la santé des travailleurs en durée déterminée et intérimaire qui vise à leur faire bénéficier des mêmes conditions de travail que les autres concernant l'information sur les risques, sur les qualifications nécessaires ou le suivi médical s'il y a lieu. Il faut remarquer que le changement fréquent de lieu, la situation d'apprentissage renouvelée ou la situation de précarité de ces travailleurs ne permettent pas un suivi professionnel ou médical important.

Pourtant certaines entreprises ont décidé de mieux prendre en compte cette situation et de mettre en place une politique de sécurité particulière. Colas Ile-de-France Normandie, qui fait appel aux intérimaires dans le cadre de congés maladie et d'aléas économiques, a les mêmes pratiques pour les salariés intérimaires que pour son personnel permanent. «A chaque changement de mission, nous faisons un quart d'heure de sécurité qui doit être formalisé. Ainsi le salarié concerné doit se voir dispenser des conseils avec le chef de chantier, voire la personne de l'échelon supérieur. C'est un élément d'intégration», explique Christian Gonnet, coordonnateur sécurité et management chez Colas qui compte 10 sociétés d'intérim. Il souligne que ces prestataires doivent connaître leur métier pour lui trouver les meilleurs candidats: «C'est tout de même un préalable avant de parler de prévention car il existe un minimum de pré-requis techniques et sécuritaires à savoir par type de poste». Un argument que l'on retrouve chez Manpower qui recense plus de 70 agences spécialisées dans la construction dans l'Hexagone, alors que des prestataires multispécialistes peuvent parfois avoir une vision trop aléatoire du métier.

Un accident, qui a provoqué la mort de 2 intérimaires de sous-traitants en 2002, a impulsé une politique dans l'entreprise Cockerill Sambre (groupe Arcelor) en Belgique. «L'élimination du risque signifiait ne plus prendre d'intérimaires, mais comme nous en avions besoin, nous avons réduit leur nombre de 70% et essayer de fidéliser ceux qui restaient. Pour cela, il fallait leur donner de bonnes conditions de travail », explique Jean-Pierre Laixheau de Cockerill Sambre. Comme les autres salariés, chaque intérimaire passe des tests médicaux destinés à déterminer ses capacités à assumer des postes à risques, si c'est la tâche que l'entreprise lui destine, comme la conduite d'engins. L'accueil de l'intérimaire est assuré par un parrain en présence d'un délégué syndical. Le parrain lui fait visiter le site, l'informe de la procédure de secours et le suit dans son travail jusqu'à ce qu'il le sente apte à poursuivre seul, ce qui peut aller jusqu'à 3 mois. L'entreprise travaille désormais avec 3 sociétés d'intérim sélectionnées en fonction de leurs compétences pour choisir les candidats. A noter que les consultants des prestataires rédigent des fiches postes de l'usine avec des explications et une photo afin que l'intérimaire puisse mieux apprécier la mission.

Selon Yannick Nuris, coordinateur national prévention-sécurité chez Manpower, il ne faut pas oublier certains aspects: «les accidents arrivent fréquemment après 3 ou 4 mois, quand l'employeur élargit le poste de l'intérimaire volontairement ou pas à de nouvelles tâches. Il se trouve alors confronté à une nouvelle situation à risques». En outre, il fait remarquer que l'impact financier d'un accident ne favorise pas la prévention, puisque le paiement ne survient en général que 3 ans après. En fait, la solution la plus avancée est de multiplier les partenariats avec les prestataires d'intérim mais aussi les partenaires sociaux.



(1) Créé en 1991 par la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (Cnam-TS) et l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS).




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