La sécurité alimentaire, victime de l’atténuation climatique?

Le 13 mai 2019 par Romain Loury
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Une agriculture sous tension climatique
Une agriculture sous tension climatique

L’atténuation du changement climatique, si elle recourt trop massivement à la bioénergie et à l’afforestation, pourrait avoir des effets négatifs sur la sécurité alimentaire, révèle une étude publiée lundi 13 mai dans la revue Nature Sustainability. Des travaux d’un grand intérêt, mais qui ne tiennent pas compte des effets du réchauffement sur les rendements agricoles.

Limiter le réchauffement climatique tout en freinant la perte de biodiversité et en assurant l’alimentation d’une population mondiale croissante… si cette équation à trois inconnues comporte plusieurs solutions (dont l’agro-écologie), d’autres pourraient être délétères, si elles sont déployées à trop large échelle.

Shinichiro Fujimori, du département d’ingénierie environnementale à l’université de Kyoto (Japon), et ses collègues en livrent un exemple frappant: les chercheurs ont estimé l’impact, en termes de sécurité alimentaire, d’une atténuation climatique recourant largement à la bioénergie et à l’afforestation.

Une insécurité alimentaire vouée à décroître?

Selon leur modélisation, un scénario ‘business as usual’ (avec les politiques actuelles d’atténuation) réduirait l’insécurité alimentaire d’environ deux tiers, avec de 180 à 270 millions de personnes à risque de famine en 2050, contre 795 millions en 2015.

La baisse serait moins prononcée en cas d’atténuation limitant le réchauffement à +2°C d’ici 2100 (350 millions de personnes à risque en 2050), et encore plus faible dans un scénario à +1,5°C (410 millions de personnes).

Jusqu’à 0,18% du PIB mondial

Selon les chercheurs, une atténuation trop vorace en terres agricoles pourrait en moyenne entraîner une hausse de 160 millions de personnes en insécurité alimentaire par rapport au laisser-faire. Eviter ces effets collatéraux de l’atténuation coûterait jusqu’à 0,18% du PIB mondial, l’équipe appelant à «définir avec attention les politiques d’atténuation au vu des besoins agricoles».

Faille majeure de leur étude, elle ne tient aucunement compte des effets du réchauffement sur les rendements agricoles, pourtant décrits par de nombreuses autres études, ce qui suscite un sérieux doute quant à une baisse aussi forte de l’insécurité alimentaire en cas de scénario ‘business as usual’, voire quant à une baisse tout court.



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