La sécheresse et ses conséquences

Le 01 juin 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Europe attend la pluie.
L'Europe attend la pluie.

C’est officiel, l’été 2011 sera pire que celui de 1976. Ce qui devrait durement frapper l’élevage, le transport fluvial et le secteur de l’énergie.

Le manque d’eau se voit désormais depuis l’espace. Lancé en 2002 par la Nasa, les deux satellites Grace mesurent avec précision le champ magnétique terrestre. L’analyse de ses variations permet de détecter la surexploitation d’importants aquifères. C’est ainsi, explique Jay Famiglietti (université de Californie) au New York Times, que l’on a pu déterminer que les populations du Maghreb, du nord de l’Inde ou de la vallée californienne de San Joaquin pompaient trop d’eau dans les nappes phréatiques.
 
En France, c’est surtout la sécheresse qui est préoccupante. Et celle-ci promet d’être exceptionnelle. Selon Météo France, «ce printemps 2011 se positionne au premier rang des printemps les plus chauds depuis le début du XXe siècle, devant ceux de 2007 (+2,1 °C) et 2003 (+1,8 °C)».
 
Très chaud, le printemps a aussi été très sec: «La quantité d’eau recueillie sur la France représente environ 45% du cumul moyen de référence 1971-2000. Ce printemps est le plus sec des 50 dernières années, devançant les printemps 1976 (54%) et 1997 (60%)».
 
Un manque d’eau qui frappe la plupart des pays d’Europe occidentale et centrale.
 
Fort naturellement, les nappes ne sont pas épargnées. Selon le dernier point de situation publié par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM): «68% des réservoirs affichent un niveau inférieur à la normale». La situation est particulièrement préoccupante dans le Bas-Dauphiné, en Île-de-France et en Normandie.
 
En Angleterre, certains grands réservoirs sont à 40% de leurs capacités. En Allemagne, les autorités imposent aux péniches du Rhin et du Danube de naviguer avec les cales à moitié pleines, tant le niveau d’eau est bas.
 
Malheureusement, la situation ne devrait pas s’améliorer de sitôt. Les prévisionnistes de Météo France estiment que le trimestre juin-juillet-août sera «globalement plus chaud que les normales saisonnières».
 
Ce qui n’est pas pour réjouir les éleveurs. Dans de nombreuses régions, le fourrage a quasiment disparu. Là où il est encore disponible, son prix a triplé en quelques semaines.
 
Pour calmer les plus mécontents, le ministre de l’agriculture a obtenu de pouvoir recourir au fonds national de garantie des calamités agricoles. Bruno Le Maire a également annoncé que les préfets auront la possibilité d’interdire le broyage de la paille (pour faire de l’engrais!).
 
Dans certaines régions, son prix sera plafonné à 25 euros la tonne. Le Crédit agricole prévoit de prêter 700 millions € aux éleveurs à de faibles taux. Les assureurs vont aussi élargir la garantie de risques aux dangers présentés par le stockage massif de paille.
 
Du côté des céréaliers, la situation est tout autre. La sécheresse ayant fortement réduit les rendements européens, les prix devraient s’en ressentir. Selon une projection de HSBC, les prix des céréales et des oléagineux devraient grimper de 20% ces prochaines semaines.
 
Le secteur électrique commence à suer à grosses gouttes, lui aussi. Depuis le début de l’année, la filière hydroélectrique a vu sa production baisser de 22,9%, indique RTE dans son dernier bilan mensuel. Et comme le vent n’a pas soufflé bien fort ces derniers mois, la production éolienne a chuté de 7,8% depuis avril 2010.
 
Ceci est d’autant plus préoccupant que les saisons chaudes sont rarement les plus ventées. Or la période estivale est souvent mise à profit par EDF pour réaliser des opérations de maintenance de ses centrales, notamment nucléaires.
 
Problème, cet été sera sec (pas d’eau pour les barrages dont les réservoirs sont à moitié pleins, ni pour refroidir les centrales) et très gourmand en électrons. La faute à la climatisation —en plein boom— mais aussi aux importations allemandes qui ne cessent de progresser depuis l’arrêt des 7 réacteurs en mars. Entre avril 2010 et avril 2011, le solde exportateur de la France vers l’Allemagne a grimpé de 82%. La Suisse et l’Espagne tirent aussi de plus en plus sur le réseau français. Et cela n’est pas fini!
 
EDF a beau dire que la sécheresse n’a pas de conséquence sur la sureté des centrales nucléaires ni sur l’approvisionnement de ses clients, le passage de l’été électrique s’apparente à la résolution de la quadrature du cercle. Moins de centrales en service, moins d’eau pour refroidir ou faire turbiner celles qui restent, mais des besoins à satisfaire toujours plus grands et toujours plus nombreux.


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