La santé, victime de l’impact environnemental de l’homme

Le 23 avril 2019 par Romain Loury
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Eve Miguel est chercheuse au MIVEGEC à Montpellier
Eve Miguel est chercheuse au MIVEGEC à Montpellier

Effondrement de la biodiversité, urbanisation croissante, déforestation à visée agricole… Autant de causes des nombreuses maladies émergentes qui ont vu le jour ces dernières années. Le point avec la chercheuse montpelliéraine du MIVEGEC Eve Miguel.

SRAS, grippe H5N1, Ebola, fièvre du Nil occidental, chikungunya, Zika… les maladies émergentes s’envolent: leur nombre a été multiplié par quatre depuis les années 1940. Mercredi 17 avril, un colloque sur le rôle de la biodiversité dans la prévention des maladies infectieuses s'est tenu au ministère de la santé. Parmi les experts invités, Eve Miguel, chercheuse à l’unité mixte de recherche MIVEGEC (Montpellier)[1], où elle travaille sur le coronavirus du système respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) et la fièvre aphteuse en Afrique subsaharienne. Contactée par le JDLE, elle explique l’impact des activités humaines, destructrices de l’environnement, sur la santé.

Comment expliquer une telle recrudescence de maladies infectieuses émergentes au cours des dernières années ?

De nombreux facteurs, désormais bien connus, sont à l’origine de ce phénomène. Il y a d’une part l’intensification des réseaux commerciaux, l’industrialisation de l’agriculture et de l’élevage en bordure des villes, l’urbanisation. Résultat, les contacts entre l’homme, la faune sauvage et les espèces d’élevage se font plus fréquents. Avec l’érosion de la biodiversité, tout le système est en cours d’évolution. Notamment la chute du nombre de grands prédateurs, qui perturbe l’équilibre entre espèces.

Il y a aussi le cas des maladies réémergentes, celles qui avaient disparu et font leur retour. Comment l’expliquer?

L’exemple typique est celui de la tuberculose bovine, en Angleterre. Dans les années 1960, le pays était quasiment parvenu à éradiquer cette maladie. Mais l’intensification des échanges commerciaux, la mise en place de grandes fermes et une plus grande exposition aux espèces réservoirs, dont le blaireau, ont favorisé le retour de cette maladie.

Pour d’autres maladies, on a plus de mal à comprendre. Par exemple, le MERS-CoV dans la péninsule arabique. Le réservoir, c’est le dromadaire. Or ce virus est aussi présent chez le dromadaire en Afrique, sans y être transmis à l’homme. La différence pourrait être due au mode d’élevage du dromadaire en Arabie saoudite, qui a connu une industrialisation, notamment pour la production de peau, de cuir et de lait, avec la présence de fermes en bordure des villes. En Afrique, l’élevage est beaucoup plus extensif, de plus petite taille, souvent lié au nomadisme.

Face à ces maladies émergentes ou réémergentes, l’abattage constitue-t-il une bonne solution? Et comment intégrer la biodiversité dans nos sociétés?

C’est un sujet difficile, très politique, qui touche aussi bien à l’affect qu’à la conservation des espèces. Ce qui est certain, c’est que la gestion doit tenir compte de divers aspects écologiques, tels que le type de transmission -si elle dépend ou non de la densité-, le comportement de l’espèce ciblée, sa place dans la chaîne trophique. Si les effectifs de l’espèce diminuent, quelle autre espèce va occuper sa niche?

Pour le blaireau, en Angleterre, la campagne d’abattage a des effets contre-productifs: les animaux stressés se dispersent plus, et vont donc contaminer d’autres élevages. Quand ils sont stressés, leur immunité diminue, et ils ont donc plus de risques d’être contaminés. C’est un sujet très compliqué pour les décideurs politiques, un peu démunis, et la population a besoin de voir qu’on agit.

On ne pourra pas intégrer la biodiversité dans nos sociétés sans qu’il y ait un risque. On le voit bien avec la question du loup en France. Dans les sociétés africaines, la présence de grandes espèces animales fait partie de la culture, bien qu’elle ait des effets négatifs au quotidien. C’est une vision que l’on a perdue en France.



[1] Le MIVEGEC (Maladies Infectieuses et Vecteurs : Ecologie, Génétique, Evolution et Contrôle) est une unité mixte de recherche de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’université de Montpellier.



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