La santé et l’eau, facteurs clés de l’antibiorésistance

Le 08 mars 2019 par Romain Loury
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L'antibiorésistance, une menace sanitaire mondiale
L'antibiorésistance, une menace sanitaire mondiale
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Dans les pays du Sud, l’antibiorésistance est plus fréquente que dans les pays du Nord, bien que les antibiotiques y soient moins employés, révèle une étude publiée vendredi 8 mars dans Nature Communications. D’autres facteurs locaux semblent plus cruciaux, dont la santé générale et le niveau d’hygiène.

C’est la première étude comparant le niveau de résistance aux antibiotiques entre autant de pays: l’équipe de Frank Aarestrup, de l’Institut technique du Danemark à Copenhague, a analysé, par séquençage génétique, la présence de gènes de résistance dans les eaux usées de 79 sites dans 60 pays. Ce qui, pour la première fois, permet des comparaisons internationales entre diverses populations urbaines.

Nord vs Sud

Comme en matière économique, les pays se divisent en deux grands groupes: ceux du Nord (Amérique du Nord, Europe) et ceux du Sud (Afrique, Asie, Amérique du Sud). Dans les premiers, les gènes de résistance, moins fréquents, sont dominés par ceux relatifs à la classe des macrolides. Dans les seconds, les résistances sont bien plus fréquentes, et ont trait aux tétracyclines, aux aminoglycosides, aux bêta-lactamines et aux sulfonamides.

C’est au Vietnam, en Inde et au Brésil que les chercheurs décèlent la plus grande variété de ces gènes, «ce qui suggère que ces pays pourraient être des ‘hotspots’ d’émergence de nouveaux mécanismes de résistance». A l’inverse, la plus faible diversité est retrouvée en Nouvelle-Zélande et en Australie.

Le développement humain en cause

Comment expliquer ces divergences Nord-Sud? Pas par la consommation mondiale d’antibiotiques: si celle-ci a augmenté depuis le début des années 2000 en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, elle demeure très en-deçà de celle observée en Europe et en Amérique du Nord. Les chercheurs montrent en revanche que l’indice de développement humain, utilisé par le PNUD[i], constitue un meilleur facteur d’explication.

Grâce à 1.503 variables (santé, nutrition, population) utilisées par la Banque mondiale, l’équipe parvient à expliquer 89% des variations. En particulier lorsque ces variables ont trait à la santé générale de la population et à l’hygiène, tels les investissements dans le traitement de l’eau, l’accès à l’eau en milieu rural ou encore la fréquence de toilettes.

Une carte mondiale de l’antibiorésistance

En reprenant ces données sanitaires et sociales, les chercheurs ont élaboré une carte mondiale de l’antibiorésistance. Selon celle-ci, le niveau attendu d’antibiorésistance est le plus élevé en Tanzanie, au Nigéria et au Vietnam, tandis qu’il est le plus faible en Suède, aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande.

«Le niveau d’antibiorésistance est principalement lié à des paramètres locaux et nationaux, et même si ces gènes peuvent rapidement se disséminer à travers le monde, la sélection locale est nécessaire pour qu’ils atteignent des fréquences quantifiables», expliquent les chercheurs.



[i] Programme des Nations unies pour le développement

 



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