La rue chinoise refuse une usine d’enrichissement d’uranium

Le 15 juillet 2013 par Marine Jobert
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Lors de la manifestation.
Lors de la manifestation.

Officiellement, c’est pour «respecter le désir du peuple» que le gouvernement de la ville d’Heshan (province du Guangdong) vient d’annoncer que le projet de construction d’une usine d’enrichissement et de conversion d’uranium, pour un budget de 6 milliards de dollars (4,6 Md€), était abandonné. La veille, une marche rassemblant à peine plus d’un millier de personnes avait eu lieu dans cette ville située à une centaine de kilomètres de Hong-Kong, à l’extrême sud du pays. Les manifestants réclamaient notamment l’extension de la période de consultation, limitée à 10 jours. Mot d’ordre: «non au nucléaire!».

 

De technologie russe, l’usine en question, d’une capacité de traitement de 7.000 tonnes par an, aurait assuré la conversion et l’enrichissement du minerai d’uranium, deux étapes préalables à la fabrication du combustible nucléaire. En France, ces opérations sont réalisées dans les usines d’Areva, situées à Malvesi (Aude) et au Tricastin (Drôme). Devant être exploitée par China Nuclear Fuel Element Co, l’installation d’Heshan devait démarrer en 2020. .

 

Incrédules devant ce Blietzkrieg, les résidents se sont à nouveau rassemblés le lendemain de l’annonce et ont exigé qu’un document officiel faisant formellement mention de cet abandon leur soit lu. «Je suis ici pour promettre à tous les habitants de Jiangmen que le gouvernement a formellement renoncé au projet et qu'un document officiel sera publié très prochainement», a donc dû déclarer Liu Hai, le secrétaire du parti communiste de Jiangmen, rapporte Le Monde.

 

Chargé de mission à Greenpeace Asie, Prentice Koo estime que ce qui préoccupe surtout les gens, «ce ne sont pas les accidents, mais les fuites et la sécurité. Pour l’instant, les informations fournies au public ne sont pas suffisantes pour évaluer le risque», explique-t-il. «La société civile chinoise se renforce», considère Willy Wo-Lap Lam, de l’université chinoise de Hong-Kong, cité par l’agence Bloomberg. «Les gens réalisent désormais que s’ils sont assez nombreux, s’ils sont unis et qu’ils tiennent tête, le gouvernement reculera.» Effectivement, qu’une seule marche quelque peu «Nimby»[1], emmenée essentiellement par des trentenaires contactés sur les réseaux sociaux –en dépit des efforts gouvernementaux de censurer les messages sur Weibo, la version locale de Twitter- ait pu saper la volonté des officiels chinois peut laisser incrédule. «Les autorités chinoises ont décidé il y a quelques temps déjà de distinguer entre deux types de protestation», explique Willy Wo-Lap Lam. «Elles répriment celles qu’elles perçoivent comme hostiles au gouvernement ou au parti et préconisent que les autorités locales composent avec les exigences environnementales ou économiques.»

 

La grande perdante, c’est l’industrie électro-nucléaire chinoise. L’usine d’Heshan devait traiter 7.000 tonnes de minerais par an, soit 70% des besoins du parc nucléaire chinois en 2020. La Chine, proportionnellement à sa demande exponentielle d’énergie, est peu dépendante du nucléaire (2% de l’électricité du pays, avec 17 réacteurs en fonctionnement). En 2020, Pékin entend toutefois disposer d’un parc nucléaire de 58 gigawatts électriques: 4 fois la capacité installée actuelle.

 

 



[1] Acronyme de Not in my back yard, qui désigne les motivations de résidents, qui ne s’opposent pas au principe d’un projet, mais plutôt à sa localisation dans leur environnement.

 

 

 



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