La rouille menace le blé européen

Le 06 février 2017 par Romain Loury
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La rouille noire du blé
La rouille noire du blé

Le blé européen va-t-il de nouveau être frappé par de grandes épidémies de rouille? Des experts le craignent, après la découverte de nouvelles souches très agressives, dont deux ont ravagé les champs siciliens en 2016.

En grande partie éliminée par l’avènement de souches résistantes au milieu du 20ème siècle, la rouille du blé a refait parler d’elle dans les années 1990, avec l’arrivée en Afrique et au Moyen-Orient de la souche de rouille noire Ug99, qui a pour l’instant épargné l’Europe, la Chine et l’Amérique du Nord.

Touchant tous les végétaux, les rouilles sont des maladies liées à des champignons parasites, entraînant des pustules sur les feuilles. Pour le blé, on en compte trois principales: la rouille noire, la rouille jaune et la rouille brune.

La donne pourrait bientôt changer, comme le craignent des experts du Centre de référence mondial sur la rouille (GRRC) à l’université d’Aarhus (Danemark) et du Centre international pour l’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT). Dans deux rapports publiés jeudi 2 février (ici et ), ces organismes évoquent la détection de nouvelles souches très agressives aux portes de l’Europe.

Deux souches en Sicile

Parmi elles, une souche de rouille noire, baptisée TTTTF, a frappé la Sicile en 2016, avec des pertes s’élevant jusqu’à 60% dans la province de Palerme (nord de la Sicile). Affectant le blé dur comme le blé tendre, la maladie a aussi touché les provinces de Caltanissetta et d’Agrigente (au sud), dans une moindre mesure celles d’Enna et de Catane au centre et à l’est.

Egalement présente en Sicile, une souche de rouille jaune, jusqu’alors inconnue et provisoirement dénommée «Pst(new)», a aussi frappé le Maroc, et a été détectée dans les quatre pays scandinaves. Les experts alertent aussi sur une troisième souche de rouille jaune, AF2012, identifiée en 2012 en Afghanistan: elle s’est depuis étendue à l’Ouzbékistan et à l’Ethiopie, où elle a touché des milliers d’hectares de blé en 2016.

Pour Fazil Dusunceli, phytopathologiste à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), «ces nouvelles races de rouille, agressives, sont apparues au moment même où nous sommes en train de travailler avec des partenaires internationaux en vue d'aider les pays à combattre les formes déjà existantes. Nous devons donc agir rapidement et appréhender le problème de manière intégrale».

Changement climatique et échanges mondiaux

Comment expliquer l’arrivée de ces nouvelles souches ? Dans la revue Nature, Mogens Hovmøller, qui dirige le groupe détection du GRRC, avance plusieurs raisons, dont le changement climatique (automnes et hivers plus doux), mais aussi la pratique agricole consistant à semer plus tôt ou encore la hausse des échanges mondiaux.

A l’aide de modèles météorologiques, le GRRC et le CIMMYT ont tenté de prévoir la dispersion des spores de TTTTF par le vent. Selon eux, la maladie, sous réserve que les spores aient résisté à l’hiver, pourrait continuer à s’étendre en Sicile, en particulier le sud-ouest, et gagner d’autres régions d’Europe méridionale (Grèce occidentale, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Slovénie), ainsi que vers le nord de la Libye et le nord-est de la Tunisie. 



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