La révolution de l’éclairage nocturne n’a pas eu lieu

Le 29 novembre 2017 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Les Européens, rarement dans la nuit noire.
Les Européens, rarement dans la nuit noire.

Les LED devaient réduire les consommations d’énergie et améliorer l’éclairage public; elles n’ont fait que l’accroître à l’échelle planétaire. Les diodes sont sur la sellette, notamment pour leurs effets sur l’homme et sur la biodiversité.

Encore une pierre dans le jardin des lumières LED (pour light emitting diodes). Dans une étude publiée le 22 novembre dans la revue Science Advances, des chercheurs ont établi que la «révolution de l’éclairage» entrevue grâce à cette nouvelle technologie a tout simplement déraillé. Car l'éclairage planétaire s'est accru, en quantité comme en intensité, d'environ 2% par an de 2012 à 2016. Et les consommations d’énergie n’ont que peu diminué.

L'Association française de l'éclairage organise, le 19 décembre prochain, une journée sur la pollution lumineuse et ses effets sur la biodiversité. Avec l’aide du Muséum national d'histoire naturelle (UMS Patrimoine naturel, membre du Centre de ressources Trame verte et bleue), ce sera l’occasion d’un état des lieux des connaissances scientifiques sur le sujet ainsi que des retours d'expérience des collectivités. 80% des nouveaux projets d'éclairage se réalisant aujourd'hui en LED, la question de ces diodes dans la lutte contre la pollution lumineuse sera largement abordée.

Moins de consommation, plus d’éclairages

C’était pourtant l’effet escompté, grâce à ces ampoules réputées moins énergivores, qui allaient faire baisser les dépenses consacrées à l'éclairage public. Mais les chercheurs ont constaté que les économies d'énergie réalisées grâce à la technologie LED ont apparemment été investies pour… installer encore plus d'éclairages extérieurs. Des chiffres qui n’ont pas surpris l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturne (ANPCEN), la seule association nationale dont l’objet social est, depuis 20 ans, «entièrement dédié aux enjeux pluriels de la qualité de la nuit». Elle rappelle notamment que «l’augmentation massive de la prescription de LED dans l’éclairage public, sans aucune régulation publique, est faite sans approche globale des coûts et des impacts, ni vision de moyen ou long terme». Au risque que, au regard du bilan climatique global de l’éclairage en France, aujourd’hui inconnu (production, distribution, fonctionnement, maintenance, recyclage), le choix des LED extérieurs finissent, dans 20 à 30 ans, par se révéler «inadapté».

Lumière bleue peu détectable

Cette étude est l'une des toutes premières à examiner depuis l'espace les effets de la transition en cours dans le monde vers l'éclairage LED, avec toutefois un obstacle métrologique de taille: la lumière bleue émise par les diodes ne peut être détectée par l'instrument utilisé dans le satellite de la Nasa. Ainsi l'étude pourrait avoir sous-estimé l'ampleur de la pollution lumineuse. En outre, cette lumière se diffuse davantage dans l'atmosphère terrestre que les sources lumineuses d'autres couleurs, ce qui fait que le satellite n'a pas capté toute l'intensité de la lueur nocturne des villes -lesquelles étaient apparemment moins brillantes qu'avant l'adoption des ampoules LED.

80% des Terriens privés de nuit noire

En juin 2016, un atlas mondial avait établi que 83% des Terriens -mais plus de 99% des Européens et des Nord-Américains- connaissent des nuits polluées, avec une augmentation d’au moins 8% de la luminosité au zénith. Pour 60% des Européens et 80% des Nord-Américains, la Voie lactée n’est plus visible, en été comme en hiver.

La biodiversité en souffrance

Les LED sont loin de faire consensus. En janvier 2017, une étude française avait montré que chez le rat, l’éclairage de type LED s’avérait néfaste pour la rétine, même à des conditions normales d’exposition. En février, c’était au tour d’une étude britannique d’établir que, confrontées à l’éclairage nocturne, les communautés d’insectes et d’arachnides subissaient de profondes modifications. Un constat qui venait après ceux réalisés sur les insectes, les chauves-souris, la floraison printanière, et même sur les invertébrés marins vivant sur le littoral.

Etudes sanitaires en cours

En avril dernier, l’Ademe[1] publiait un avis sur ces diodes. Tout en soulignant les atouts de cette technologie (durée de vie et efficacité énergétique), l’agence soulignait les risques sanitaires de certaines, en raison de la forte proportion de lumière bleue qu’elles émettent. En outre, leur coût d’achat demeure élevé. A Bruxelles aussi, les LED font débat, à tel point qu'un rapport du Comité scientifique pour la santé, l'environnement et les risques émergents (Scheer) relatif aux risques potentiels des LED sur la santé humaine est attendu d'ici février 2018, à la demande de la Commission. L’Anses[2] travaille de son côté à une réactualisation d’une expertise collective de 2010 sur leurs effets sanitaires potentiels. Par ailleurs, les deux règlements européens de 2009 et 2012 consacrés à ce type de lampes sont en cours de réexamen, notamment pour tenir compte des derniers développements en termes d'efficacité énergétique et de santé humaine. Un nouveau texte réglementaire portant sur la lutte contre la pollution lumineuse est en préparation en France.



[1] Ademe: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[2] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus