La Réunion tente de réduire le «risque requin»

Le 17 février 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Requin bouledogue et requin tigre sont les espèces impliquées dans les attaques.
Requin bouledogue et requin tigre sont les espèces impliquées dans les attaques.

Coïncidence tragique. C’est jeudi 12 février que les chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) présentaient les premiers résultats du programme «Connaissance de l’écologie et de l’habitat de deux espèces de requins côtiers sur la côte ouest de La Réunion» (CHARC). Deux jours plus tard, une jeune baigneuse décédait des suites de blessures infligées par un squale.

Lancé en octobre 2011, le programme Charc avait pour objectif d’étudier l’écologie et l’éthologie des requins tigre (Galeocerdo cuvier) et bouledogue (Carcharhinus leucas), les seuls à être impliqués dans des attaques de baigneurs et de surfeurs. Dirigée par Marc Soria, l’équipe de scientifiques devait identifier l’habitat des squales, reconstituer leur agenda (période de chasse, de repos, d’accouplement) et établir les relations entre comportements et les conditions environnementales.

52 stations d’écoute sous-marines

Sous l’eau, un réseau de 52 stations d’écoute suivaient à la trace les 84 poissons ayant été équipés de «marques acoustiques». Les scientifiques ont complété ces données par l‘étude du régime alimentaire des requins (en étudiant le contenu de l’estomac de spécimens pêchés) et par des analyses génétiques réalisées à partir de prélèvements de muscles d’animaux pêchés ou par l’examen d’embryons.

Que retenir de ces trois ans d’études? Scientifiquement, beaucoup de choses. «Comme on l’avait déjà observé en Afrique du Sud, les requins bouledogue ne restent pas en place. Ils sont surtout présents le long de la côte ouest [là où se situent les plages, ndlr] de mars à juin. Le reste du temps, ils peuvent partir loin au large ou migrer vers la côte est de l’île», explique Marc Soria. Dans la journée, ils se reposent au large et reviennent vers la côte et la surface en début d’après-midi.  Commence alors la période de chasse, particulièrement active au crépuscule.

Arènes d’accouplement

Attention aussi à la période de reproduction, qui s’étend de mars à août. «Il semble que les femelles attirent à elles les mâles, qui peuvent alors entrer en compétition. Ce qui peut accroître leur agressivité», indique le chercheur. Pas la peine de se trouver dans ces «arènes d’accouplement».

Considérés comme des généralistes, requins tigre et bouledogue ont une appétence certaine pour le poisson. «Faute de statistiques, il nous est difficile d’attribuer l’accroissement d’attaques au manque de poissons, concède Marc Soria. Toutefois, on peut noter que la pêche de de poissons démersaux[1] s’est arrêtée à la Réunion, il y a quelques années, car elle n’était plus rentable.» Rejetant l’accusation lancée par des pêcheurs réunionnais, le scientifique ne croit pas à une quelconque responsabilité de la réserve marine dans l’attraction des requins créé en 2007: «les stocks de poissons n’y ont augmenté que dans la zone de protection intégrale, qui ne représente que 5% de la surface de la réserve», rappelle le scientifique.

Politiquement, les résultats sont difficiles à exploiter. Marc Soria le reconnaît: on ne peut prévoir avec certitude la présence de «mangeurs d’homme» à un endroit donné à un moment précis. «A partir de facteurs météorologiques, environnementaux et éthologiques, nous pouvons juste estimer le niveau de risque de leur présence», confirme-t-il.

Interdictions et exceptions

Pour autant, La Réunion n’entend pas sacrifier son patrimoine touristique. Le 13 février, le préfet de région a pris un arrêté modernisant l’encadrement réglementaire des plages et des activités nautiques. Applicable à titre expérimental pendant un an, ce texte reconduit les restrictions à la baignade et au surf dans la bande des 300 mètres.

La règle souffre désormais de quelques exceptions. Les loisirs nautiques seront autorisés dans les lagons, dans les zones surveillées et protégées (par des filets par exemple), ainsi que dans les «zones d’expérimentation opérationnelles» (Zonex), où seront testés de nouveaux moyens de protection. A terme, le comité réunionnais de réduction du risque requin (C4R) pourrait disposer d’un système informatique, mis à jour en temps réel, permettant d’évaluer le risque de présence de squales le long des plages. 



[1] Les poissons démersaux sont des poissons vivant près du fond de la mer, tels les mérous, les vivaneaux, les rascasses.

 



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