La réserve de Scandola perd sa biodiversité à cause du tourisme

Le 07 février 2019 par Stéphanie Senet
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Scandola, sa réserve et ses 790.000 visiteurs par mois pendant la saison estivale
Scandola, sa réserve et ses 790.000 visiteurs par mois pendant la saison estivale

Disparition des balbuzards, des poissons, et de l’herbier de Posidonie… L’état de la réserve naturelle de Scandola (Corse-du-Sud) s’aggrave depuis 2006 sous la pression touristique. L’association U Levante demande à l’exécutif de Corse d’instaurer des quotas d’accès au plus vite.

Une réserve naturelle ne se crée pas sur le papier mais chaque jour sur le terrain, selon l’évolution des pressions exercées sur la biodiversité. C’est ce que démontre crûment la situation de la réserve marine et terrestre de Scandola, créée en 1975 en Corse-du-Sud et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, dont l’état ne cesse d’empirer depuis près de 20 ans. La population de balbuzard pêcheur –un rapace protégé de Méditerranée– est en train de s’effondrer, selon une étude du CNRS[1] publiée en décembre dernier (cf. encadré). L’herbier de Posidonie de la baie d’Elbo est en piètre état à cause des mouillages des bateaux de plaisance. Les espèces halieutiques vivant en eaux peu profondes désertent l’aire marine protégée de 1.000 hectares[2]. Et de nouvelles algues prolifèrent à cause du réchauffement climatique (Womersleyella setacea et Acrothamnion preisii) selon les comptes rendus annuels du gestionnaire de la réserve dès 2010. Ces données sont citées dans un rapport du Conseil de l’Europe publié en janvier suite à une inspection réalisée sur place en juillet 2018.

A la source de cet effondrement, tous les rapports ciblent la surfréquentation du site, qui atteint en moyenne 790.000 visiteurs par mois entre mai et octobre[3], ainsi que la navigation maritime. Celle-ci n’est actuellement règlementée que pour les navires de jauge brute supérieure ou égale à 500 UMS tandis que 6 gardes seulement, et deux bateaux, sont dédiés à la surveillance.

Recommandations non suivies

Selon le rapporteur du Conseil de l’Europe Olivier Biber, la plupart des recommandations émises pour le renouvellement du diplôme européen[4] –comme l’extension de la zone d’exclusion de la pêche– n’ont pas été suivies. Sa conclusion est limpide: «Il est indispensable de mettre en application au plus vite un règlement qui limite l’accès au site et qui permette de conserver les espèces de flore, de faune et les écosystèmes liés au site.» Une condition au renouvellement du diplôme européen, d’autant plus nécessaire qu’un projet d’extension de la réserve est dans les tuyaux. L’auteur ajoute que les dispositifs de réglementation et de contrôle de la réserve élargie devront être prêts en janvier 2020 pour pouvoir prétendre à un éventuel renouvellement du sésame en septembre 2020.

Quotas de fréquentation

De son côté, l’association environnementale U Levante s’appuie sur le rapport d’Olivier Biber pour réclamer des mesures d’urgence auprès des autorités locales «L’heure n’est plus aux comptages, aux études, aux discussions. L’heure est aux décisions. En fixant des quotas, un numerus clausus, vous pouvez arrêter le processus de destruction en marche. De leur mise en œuvre rapide dépend la survie du balbuzard pêcheur, le retour des poissons dans la réserve et la conservation de ce site exceptionnel», écrit-elle sans détours au Conseil exécutif de Corse dans un courrier daté du 5 février. Pour l’heure, aucune réponse n’a été donnée par la collectivité territoriale.

 

Un poussin par couple seulement / Selon l’étude du CNRS publiée en décembre 2018 dans la revue Animal conservation, les 8 couples présents depuis les années 1990 ne donnent naissance qu’à environ un poussin à l’envol par an contre 15 à 20 par an jusqu’en 2010. Une perturbation liée aux activités touristiques qui dérangent sans cesse les oiseaux en fin de période de reproduction. Le trafic des bateaux est en effet trois fois plus important dans la réserve qu’en dehors, dépassant 400 unités par jour pendant la période estivale. Selon les chercheurs, les mâles apportent moins de proies à la nichée et les femelles restent plus longtemps en alarme loin du nid. Ce qui accroît le stress des poussins et réduit leur nombre à l’envol.

 



[1] Centre national de la recherche scientifique

[2] qui compose la réserve avec une partie terrestre de 920 ha

[3] données datant de 2011, contre 30.000 par an en 1988

[4] en 1988, 1995, 2000, 2005 et 2010

 



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