La rentrée : une usine à gaz … à effet de serre ?

Le 02 septembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Jean-Michel Blanquer présente les temps forts de l'année scolaire 2019-2020.
Jean-Michel Blanquer présente les temps forts de l'année scolaire 2019-2020.
Ministère de l'Education nationale

Le ministre de l’Education nationale a placé cette année scolaire sous le signe de l’écologie. Sans moyens financiers, humains ni pédagogiques.

 

Une fois n’est pas coutume, le ministère de l’Education nationale n’est pas resté sourd aux critiques lancées par ses fonctionnaires. A la fin de l’année passée, nombre d’enseignants et de scientifiques avaient critiqué le peu de cas laissées aux questions climatiques dans les programmes scolaires, en cours de révision. «Sur 1.800 à 2.000 heures d’études, collégiens et lycéens suivront quelques dizaines d’heures, au plus, sur le climat», dénonçait, dans nos colonnes, la climatologue Valérie Masson-Delmotte. Message relayé, quelques semaines plus tard, par les professeurs et leurs formateurs.

plan d’action

Tout cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Le 27 août, le ministre de l’Education nationale a rangé la question environnementale au rang de priorité de cette rentrée. «Nous voulons une génération d’acteurs», a justifié Jean-Michel Blanquer. Et pour mieux nous en convaincre, le patron de la rue de Grenelle a lancé un vaste plan d’action, dont les chefs des 60.000 établissements scolaires français ont reçu, ces derniers jours, le mode d’emploi.

lieux exemplaires

Signée par le directeur général de l'enseignement scolaire, cette circulaire (non exempte de fautes d’orthographe) demande aux rectrices et recteurs d’académie d’engager trois types d’actions: faire des établissements scolaires «des lieux exemplaires en matière de protection de l'environnement et de la biodiversité» et renforcer le «pilotage académique et local de la transition écologique». Le texte annonce aussi un «renforcement des thématiques de la protection de l'environnement et de la biodiversité dans les programmes et les diplômes». Que du bon.

nichoirs, ruches, hôtels à insectes

Comme souvent, le diable se cache dans les détails. Transformer écoles, collèges et lycées en «lieux exemplaires» implique de nommer et d’élire des éco-délégués. Ces représentants de la communauté pédagogique et des élèves devront généraliser «l'expérience concrète de la protection de l'environnement». Comprendre: installer des nichoirs à oiseaux, des ruches, des hôtels à insectes.

l'école du tri

Si les insecticides ont déjà fait leur œuvre, ils pourront planter des arbres, cultiver un jardin, un potager bio, voire une plate-bande fleurie. Plus audacieux encore, élèves et enseignants devront se mettre au tri des déchets et imaginer une stratégie de réduction du gaspillage alimentaire. Et pas question de se contenter de la moyenne, car un concours national «école verte» récompensera «les meilleures initiatives». La «génération d’acteurs» est déjà sur le pied de guerre !

dynamiser le pilotage

Ils ne sont pas les seuls. Pour faire entrer la transition écologique dans les petites têtes blondes, les inspecteurs d’académie vont, à coup de réunions, seriner le personnel enseignant de se mettre à l’écologie. Il faudra «dynamiser le pilotage académique de l’éducation au développement durable», consacrer une réunion par an (tout de même !) aux thématiques du développement durable, dont le changement climatique et la biodiversité. Le CO2 et les grignoteurs d’espaces naturels n’ont qu’à bien se tenir.

intégration des enjeux

D’autant que les programmes suivront. «Les enjeux du développement durable sont intégrés aux programmes d'enseignement dès le niveau primaire jusqu'au lycée, tant dans les enseignements obligatoires que dans les enseignements de spécialité des voies générales et technologiques», rappelle la circulaire d’Édouard Geffray.

Influence et formation

Qu’en pensent les enseignants? «On ne peut que se réjouir que le ministre de l’Education nationale se saisisse des questions climatiques ou de biodiversité», commente Marianne Blanchard. Pour autant, l’animatrice du réseau Enseignants pour la planète regrette qu’aucun moyen humain et financier ne soit prévu pour encadrer les futurs éco-délégués. «Quand on voit l’influence des délégués de classe, on peut s’interroger sur celle des éco-délégués qui ne disposeront que de leur bonne volonté pour convaincre élèves, professeurs et administratifs de changer de pratiques», poursuit l’enseignante-chercheuse en sociologie et formatrice à l’ESPE de Toulouse.

A supposer qu’ils veuillent se lancer dans l’écologie, les enseignants manquent cruellement de bagages. Et leurs formateurs ne sont pas mieux lotis. «Nous ne sommes pas du tout formés à enseigner aux jeunes des sujets qui sont par nature sensibles, difficiles, anxiogènes.»

inadaptation des programmes

Autre critique récurrente: les programmes sont totalement inadaptés à la complexité des changements climatiques et de l’érosion de la biodiversité. «Des notions sont données de manière éclatée dans des disciplines différentes enseignées dans les lycées généraux», rappelle la sociologue. Difficile, dans ces conditions, de se faire un vernis de culture «bio-climatique». Surtout, si l’on a opté pour un parcours professionnel ou technologique, où ces cours optionnels ne sont pas toujours dispensés.

exit la taxe carbone

Après la suppression de référence à la taxe carbone dans les programmes de première et de seconde, l’association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES) demandait, en juin dernier, une meilleure intégration des enjeux environnementaux dans les programmes de sciences éco et sociales. Une revendication unitaire pour la grève pour le climat du 13 septembre?

 



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