La récupération d’eau de pluie pourrait coûter cher

Le 05 octobre 2009 par Sonia Pignet
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arrosage
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La récupération des eaux pluviales, présentée comme un geste écologique, soulève des interrogations quant à son efficacité environnementale et économique.

En 2008, 25% des Français habitant en maison individuelle avient un récupérateur d'eau de pluie, selon le Baromètre du Centre d’information sur l’eau (C.I.EAU) en avril dernier. La démarche est favorisée puisque depuis le 30 décembre 2006 un crédit d’impôt est proposé pour l’installation d’un tel système, sous conditions. L’eau de pluie doit être utilisée à l’extérieur du bâtiment pour le jardin ou le lavage d’une automobile, ou à l’intérieur mais uniquement pour l’évacuation des toilettes, le lavage des sols et le lave-linge. De plus, la signalisation est obligatoire, via un ensemble d’étiquetage «eau non potable» et marquage des canalisations de distribution; étant donné que les eaux de pluie, par définition, ne sont pas concernées par les limites de qualité réglementaires définies pour l’eau potable, tout raccordement avec le réseau de distribution d’eau destinée à la consommation humaine est interdit. Cependant, un système de disconnexion (par surverse totale) doit être installé de façon permanente pour satisfaire les besoins lorsque le réservoir de stockage d’eau de pluie est vide.

Pour Jean-Pierre Rideau, de la Direction de l’eau et de la biodiversité au ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer (Meeddm), «il existe un risque de ’passagers clandestins’ du service d’assainissement», c’est-à-dire des usagers non payants du service d'assainissement. Il est en effet difficile de contrôler en continu tous les réseaux d’eaux pluviales individuels. Pour contrer ce problème, un amendement a été déposé dans le cadre du projet de loi Grenelle II. Cet amendement (le 914) vise à prévoir une déclaration pour l'utilisation d'eau de pluie à des fins domestiques. Ceci permettra d'une part le contrôle des installations et, d'autre part, l'application de la taxe d'assainissement sur les rejets d'eaux usées.

A l’échelle des collectivités, la récupération de l’eau de pluie pose également deux autres problèmes, estime Jean-Pierre Rideau. Elle diminue l’assiette du service de l’eau, et d’autre part elle risque d’accentuer le ratio consommation de pointe sur consommation moyenne, les deux conduisant à des difficultés supplémentaires pour le gestionnaire d’eau. En faisant l’hypothèse que les foyers équipés d’un système d’eaux pluviales récupèrent 3 à 10 mètres cubes par an, le Meeddm calcule que cela affecterait les ventes d’eau de 0,5 à 1,5% au niveau national, et de 1 à 3% en milieu rural. «Pour les petits services de gestion de l’eau, qui desservent moins de 3.500 habitants, cela peut avoir un impact local très significatif», indique Jean-Pierre Rideau. De plus, en cas de sécheresse dans les régions rurales, les consommations issues du réseau de distribution d’eau potable risquent brutalement d’augmenter.

Résultat: les services gestionnaires d’eau risquent de ne pas pouvoir financer certains travaux sans augmenter le prix du mètre cube, a fortiori si l’équilibre du contrat de délégation de service a été construit sur la base des ventes constatées avant la diminution.

Face à cette problématique, évoquée lors d’une journée organisée le 29 septembre dernier par l’Office international de l’eau, portant sur les impacts des nouvelles exigences sur le coût du service et le prix de l’eau, des réponses sont toutefois possibles. Certains acteurs de l’eau préconisent de ne pas encourager la récupération d’eau de pluie dans les régions où la ressource n’est pas en danger. En dehors de cette solution radicale, «des campagnes d’économie d’eau, comme le suggère Jean-Pierre Rideau, permettraient par exemple d’accroître le mouvement, et d’annuler ainsi les renforcements de capacité coûteux». Le développement de l’intercommunalité ainsi qu’une meilleure modularité des projets de renforcement de capacité, avec des solutions plus progressives ou plus décentralisées, permettraient de continuer à encourager la récupération d’eau de pluie, sans nuire au bon fonctionnement des services collectifs de gestion d’eau. Et bien sûr, l’amélioration des connaissances des services par l’usager, puisque «la moitié des gens croient encore que l’eau potable vient directement des stations d’épuration dans leur robinet», rappelle Jean-Pierre Rideau.


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