La recherche agronomique passe au Sud

Le 15 septembre 2016 par Romain Loury
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L'Afrique reste à l'écart
L'Afrique reste à l'écart
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Après des décennies de domination occidentale, la recherche sur l’alimentation et l’agriculture attire désormais autant, voire plus, de financements dans les pays à revenu intermédiaire, dont la Chine, l’Inde et le Brésil, révèle une étude publiée mercredi 14 septembre dans Nature.

C’est un virage historique pour la recherche agronomique: selon Philip Pardey, économiste à l’université du Minnesota à Saint Paul, et ses collègues, celle des pays riches est en train de se faire dépasser, en termes de financement, par celle des pays émergents. Sur les 69,3 milliards de dollars (61,5 milliards d’euros) investis au niveau mondial en 2011, 55% allaient aux premiers et 43% aux seconds -contre 69% et 29% en 1980.

Dans la recherche publique, la transition Nord-Sud a déjà eu lieu: toujours en 2011, 47% des fonds investis l’étaient dans les pays riches, contre 50% dans les pays à revenu intermédiaire. Comment expliquer ce dépassement? Tandis que le Nord croyait sa situation alimentaire réglée, le Sud bataillait pour nourrir sa population à forte croissance démographique, au niveau de vie en hausse.

Même constat pour la recherche privée: 35,5% de ses financements étaient affectés en 2011 aux pays émergents, contre 16% en 1980. Outre une industrie nationale en plein boom, ces pays attirent de plus en plus les entreprises occidentales, telles Nestlé, Syngenta, PepsiCo et General Mills, qui disposent de structures de recherche en Chine.

Les écologistes le craignaient, c’est arrivé: Bayer et Monsanto ont signé mercredi 15 septembre un accord de fusion, le premier rachetant le second au prix de 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros). Sous réserve du feu vert des autorités de la concurrence, l’opération pourrait être bouclée fin 2017, donnant lieu à un géant de l’agrochimie de 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et de près de 140.000 employés. Pour la Confédération paysanne, c’est la «naissance d’un monstre» (27% du marché des pesticides, contre 17% pour Bayer) qui mettrait en danger la souveraineté alimentaire.

La recherche publique marque le pas

Autre résultat frappant de l’étude, la recherche publique est en train de se faire doubler par la recherche privée. Dans les pays riches, c’est déjà le cas: cette dernière est désormais à l’origine de 52,5% des fonds investis, contre 42% en 1980.

Plus inquiétant, les pays à revenu faible, les plus menacés par l’insécurité alimentaire au cours du XXIème siècle (forte croissance démographique en Afrique, changement climatique), sont de plus en plus laissés à l’écart. En 2011, le budget de recherche y était de 1,51 dollar par habitant, contre 17,73 dollars dans les pays riches, soit une différence d’un facteur 11,7 -contre 7,7 en 1980. 



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