"La question des biocarburants est symbolique"

Le 16 juillet 2010 par Sabine Casalonga
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D’ici fin 2010, les Etats membres devront mettre en place des systèmes de certification des biocarburants afin de garantir leur caractère "durable". Pourtant, les vertus des agrocarburants font toujours l’objet de débat. Entretien avec Jean-Christophe Pouët, chef de l’unité Bioressources au sein de la direction Energie et Production durable à l'Ademe.

 

L’objectif européen de 10% d’énergies renouvelables (ENR) dans les transports d’ici 2020 [fixé par la directive Energies renouvelables (ENR) de 2009] est-il tenable ?

L’objectif de 10% d’ENR n’est pas aberrant. Il sera ainsi facilement atteignable en France et en Allemagne, deux pays qui ont développé une filière de biocarburants. Nous aurions toutefois souhaité qu’il soit complété par un objectif de baisse de la consommation énergétique. Sinon, les ENR ne pourront répondre que marginalement à la croissance prévue de la demande énergétique.

L’atteinte de cet objectif ne risque-t-il cependant pas d’avoir des impacts négatifs sur  l’environnement et la concurrence avec les terres agricoles du Sud comme le montrent de nombreuses études?

Il y a autant d’études qui montrent des conséquences négatives que d’études qui concluent à un bilan positif. La dernière étude de l’Ademe montre clairement que le bilan des biocarburants en termes de gaz à effet de serre (GES) varie en fonction du scénario choisi: négatif si la production du biocarburant est liée à une déforestation de forêt tropicale ; positif si elle est liée à une culture de terres agricoles [voir le JDLE du 8 avril]. En France, nous importons 10 à 20% de nos biocarburants. La question est donc de savoir quel pourcentage est lié à la déforestation ou à la conversion de prairies (dont le labour induit un déstockage de CO2).

Il y a de nombreuses inquiétudes sur les biocarburants. Mais en réalité, les problèmes de déforestation sont d’abord liés aux pratiques agricoles et aux importations alimentaires dans les pays riches. 95% de la culture de l’huile de palme est ainsi destinée à l’alimentation et à l’industrie cosmétique.  

On pourrait aussi se poser des questions sur les impacts de l’énergie pétrolière, à l’instar des côtes américaines souillées par l’actuelle marée noire dans le golfe du Mexique… La question des biocarburants est symbolique car « ils se mangent ».

Quid des effets indirects [conversion d’une terre agricole en culture de biocarburants] ?

L’étude de l’Ademe les a pris en compte. Lorsque la conversion de surfaces agricoles pour la production de biocarburants induit une augmentation des importations de denrées alimentaires, cela peut poser problème. Mais il est difficile de conclure aujourd’hui. L’Ademe va d’ailleurs initier une nouvelle étude en octobre pour une durée de 12 mois. Il s’agira d’une analyse rétrospective des impacts de la production et de l’importation des biocarburants depuis les années 2000 en France, mais aussi en Europe et en Amérique du Nord et en Asie.

Une enquête de Reuters a révélé des conflits au sein de la Commission européenne entre la direction Climat et celle de l’Agriculture, dans un contexte de lobbying des industries automobiles et des producteurs de biocarburants, et fait état de rapports scientifiques amendés dans un sens favorable aux biocarburants. Qu’en pensez-vous ? Que cela révèle-t-il?

Ayant présidé les réunions des comités techniques de l’Ademe, qui rassemblent une trentaine de personnes aux points de vue contrastés (ONG, constructeurs automobile, producteurs de biocarburants, ministères, organismes de recherche, experts), j’ai pu constater toute la complexité du problème et la difficulté de tirer une conclusion. Le bilan en termes de GES des biocarburants dépend de nombreux facteurs et se révèle donc d’autant plus complexe à réaliser à l’échelle de l’UE.

Que pensez-vous des systèmes de certification des biocarburants que les Etats membres devront mettre en place d’ici fin 2010, en vertu de la directive ENR (voir le JDLE du 10 juin)?

Cela permettra de garantir la traçabilité des biocarburants du champ à la pompe, conditionnée au respect de critères de durabilité. Si la mise en place d’un tel système ne devrait pas poser de problème en France ou en Allemagne, cela risque d’être plus compliqué pour les produits importés. Il est difficile d’empêcher des pays comme la Malaisie de se développer au nom de la sauvegarde de la biodiversité alors même que nous-mêmes en Europe nous peinons à montrer l’exemple!

Nos pays développés doivent être exemplaires en développant les transports ferroviaires, des voitures moins polluantes et en diminuant leur consommation d’énergie. C’est dans un tel contexte que le développement des ENR dont les biocarburants, pourra se faire de manière plus sereine.



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