La progression de la demande décroît

Le 27 octobre 2004 par Valéry Laramée pour Enerpresse
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Car rappellent les auteurs du World Energy Outlook 2004, «si les gouvernements s'en tiennent aux politiques en vigueur aujourd'hui, les besoins énergétiques dans le monde dépasseront de presque 60% leur niveau actuel en 2030.» Et justement où l'incurie de nos princes nous mène-t-elle? Selon les prévisions de l'AIE, le taux annuel de croissance de la demande mondiale devrait s'établir durablement à 1,7%, contre 2%, au cours de ces 30 dernières années. C'est bien statistiquement, mais catastrophique globalement. En effet, les besoins à satisfaire sur la fin des Trente glorieuses n'ont plus rien à voir avec ceux qui se profilent. En 1971, la demande mondiale en énergie primaire atteignait ainsi 5.536 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) par an. 30 ans plus tard, ce chiffre a quasiment doublé (10.345 Mtep en 2002). Et selon les prévisions de l'AIE, la consommation mondiale d'énergie devrait absorber 16 427 Mtep en 2030. Soit 121 millions de barils/jour.

Au vu d'une telle inflation, une seule question se pose: la Terre pourra-t-elle subvenir aux besoins de tous ces futurs consommateurs? Sans hésiter, les prospectivistes de l'agence répondent par l'affirmative. Reprenant à son compte les estimations déjà publiées par l' Oil and Gas Journal (O&GJ), World Oil, Cedigaz (pour le gaz), le US Geological Survey (l'équivalent américain du Bureau de recherche géologiques et minières ou BRGM), BP ou l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'AIE estime les réserves d'huile et de gaz naturel entre 1.051 et 1.266 milliards de barils. Et cela sans compter les réserves récupérables de brut (autour de 3.000 milliards de barils) ou celles de pétrole non conventionnel (autour de 7.000milliards de barils). Bref, si les besoins énergétiques vont continuer de progresser, les gisements sont là. Problème: comme aucune source d'énergie substituable aux hydrocarbures n'est encore en vue, les pays industrialisés et les plus riches des pays en développement vont voir leur dépendance pétrolière s'accroître. En face, le nombre de pays producteurs aura plutôt tendance à se réduire comme peau de chagrin. La conséquence, notamment, de l'assèchement annoncé des puits de la mer du Nord. Résultat: «Les pays de l'Opep, essentiellement ceux du Moyen-Orient, couvriront la plus grande part de l'accroissement de la demande mondiale. En 2030, l'Opep fournira plus de la moitié des besoins pétroliers dans le monde, soit une part encore plus importante que dans les années 1970», annoncent les spécialistes de l'AIE. Les membres de l'Opep du Moyen-Orient devront alors produire 51,8 millions de barils par jour (Mb/j), en 2030, contre 19 aujourd'hui. Un quasi triplement des capacités de production, de stockage et de transport qui est loin d'être encore financé.

«Les investissements nécessaires dans l'amont pétrolier, le transport et le raffinage seront colossaux: 3.000 milliards de dollars entre 2003 et 2030», préviennent les auteurs du rapport. Se faisant les relais du débat sur le peak oil (pic de production pétrolière) et des inquiétudes suscitées par le scandale sur les réserves de Shell et de certaines compagnies américaines, comme El Paso, les responsables de l'AIE appellent «toutes parties concernées à concevoir et mettre en œuvre un système statistique sur les réserves de pétrole et de gaz agréés par tous, transparent et cohérent.» L'état des stocks d'hydrocarbures influera de plus en plus sur les politiques énergétiques, la volatilité des marchés, le cours des matières premières et la stabilité géopolitique de certaines régions. Dans l'un des scénarios testés par les statisticiens de l'AIE, le prix du baril resterait stabilisé, en moyenne, autour de 35 dollars jusqu'en 2030. Un tel niveau de prix diminuerait la demande mondiale de 15%. Et les pays consommateurs se tourneraient vers d'autres sources d'énergie, comme les pétroles non conventionnels du Canada, le gaz ou le charbon. Cet essai de prospective n’est pas qu’un exercice de style. Il est aussi un message adressé aux pays producteurs. Traduction immédiate: les pays de l'Opep n'ont donc aucun intérêt à maintenir les prix du brut à un niveau élevé. D'autant que les autres ressources ne manquent pas.


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus