La processionnaire du pin, cas d’école du changement global

Le 24 avril 2018 par Romain Loury
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En route vers le nord!
En route vers le nord!

Les ravageurs de plantes ont un bel avenir devant eux: du fait du réchauffement climatique et de la mondialisation des échanges, de nouveaux espaces ne cessent de s’ouvrir à eux. Exemple avec la processionnaire du pin, chenille d’origine méditerranéenne qui progresse de près de 6 km par an vers le nord de la France.

Quelle que soit leur nature (champignons, insectes, vers nématodes, etc.), les ravageurs des plantes voient leur répartition bousculée par le réchauffement, en particulier vers les pôles et en altitude. A cette progression rampante, s’ajoute celle, par sauts géographiques, liée à la mondialisation des échanges, qu’ils soient de marchandises ou de personnes. Tel était l’objet d’une conférence internationale organisée les lundi 23 et mardi 24 avril à Paris (voir encadré).

La conférence internationale «Impact du changement global sur l’émergence des maladies et des ravageurs des plantes en Europe» est organisée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP). Son objectif: dresser un état des connaissances sur les liens entre changement global (mondialisation des échanges, changement climatique, urbanisation, etc.) et émergence de ravageurs des plantes, pour mieux en appréhender le risque pour l’Europe.

Des chenilles urticantes

Exemple type de ces deux modes de progression, la processionnaire du pin, un papillon des forêts méditerranéennes. L’insecte est surtout connu pour ses larves, des chenilles grégaires progressant en longue file indienne. Outre le danger qu’elle pose pour les pins, la processionnaire constitue une menace sanitaire pour l’homme et l’animal, en raison du caractère fortement urticant des soies de ses chenilles.

Or le réchauffement en cours favorise son expansion géographique, déjà bien réelle: depuis le début des années 1970, l’insecte s’est avancé en France de plus de 100 kilomètres vers le nord, atteignant désormais la région parisienne. Il en existe même un foyer dans Paris intramuros, explique Alain Roques, de l’unité de zoologie forestière au centre Inra[i] d’Orléans. Idem en altitude: dans les Alpes, on observe une montée de sept mètres par an sur les versants ensoleillés (adret), de deux mètres par an sur les versants ombragés (ubac).

Une jonction en 2005

Selon Alain Roques, l’aire de répartition de la processionnaire a connu un tournant en 2005. Jusqu’alors, elle présentait, outre sa présence sur le pourtour méditerranéen, une avancée en deux langues, nettement séparées, s’enfonçant vers le nord respectivement par l’est et l’ouest de la France. En 2005, les deux populations se rejoignent, donnant lieu à une «mosaïque génétique», avec un front unique progressant vers le nord à la vitesse de 5,6 km par an.

Des sauts géographiques liés à l’homme

Outre ce front, la processionnaire du pin a été observée, sous formes d’avant-postes, dans l’Aisne, à Obernai (Bas-Rhin) et à Sotchi, ville russe du bord de la mer Noire. Or les individus analysés ne «sont pas apparentés à ceux des zones de front», indique Alain Roques. La chenille aurait fait ces sauts géographiques par des pins contaminés, provenant de pins de zones méridionales. «L’expansion de la processionnaire du pin n’est pas liée qu’au changement climatique, mais aussi à des transports liés à l’homme», constate le chercheur.

La coexistence de ces diverses populations (celles introduites par l’homme en provenance du sud, celles caractérisant la «mosaïque génétique») pourrait avoir des effets inattendus sur l’évolution de l’espèce. Et ce au risque de favoriser encore plus son expansion géographique: par exemple en la rendant plus résistante au froid, en conférant aux formes adultes de meilleures capacités de vol ou en permettant à l’espèce de s’attaquer à d’autres espèces de conifères.



[i] Inra: Institut national de la recherche agronomique

 



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