«La prise en compte du stress au travail n'est pas dans la culture professionnelle»

Le 16 avril 2007 par Bérangère Lepetit
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Cette maladie professionnelle, qui peut mener au suicide, est parfois sous-estimée par la direction des entreprises malgré les signaux d'alarme existants. La Caisse nationale d'assurance maladie propose des démarches de prévention.


«Le stress, la souffrance au travail, on n'en parle pas dans les écoles de commerce, lance Sébastien Strubel, directeur d'une usine Steelcase (mobilier de bureau) en Alsace. Ce n'est pas dans la culture professionnelle». Lui aura appris sur le tas. Il y a quatre ans, alors que le groupe Steelcase lance un plan de restructuration sur certains de ses sites en Europe, ce chef d'entreprise note un changement d'ambiance dans son usine de Wisches: «L'absentéisme avait presque triplé, les accidents du travail avait augmenté, de nombreux salariés se plaignaient», résume t-il. «Avec votre nouvelle organisation, vous stressez les gens!», lui lancent alors les syndicats.

Il les prend au mot et engage une démarche auprès de sa Caisse régionale d'assurance maladie (Cram) pour tenter d'en savoir plus. Pendant plusieurs mois, avec son accord, le site de Wisches fait alors l'objet d'une démarche de prévention du stress inspirée de la méthode belge de diagnostic Woccq (Working conditions and control questionnaire). Chaque salarié est reçu en entretien personnel et invité à répondre à un questionnaire.

Au final, sur proposition de la Cram, une centaine de mesures sont prises dans l'usine, parmi lesquelles la mise en place d'«une zone de communication» destinée à recevoir les salariés avant le début de leur journée, ou «une prime de reconnaissance» offerte chaque mois au plus méritant.Résultat: les indicateurs sociaux et la productivité repassent au vert quelques mois plus tard. «Le stress, je ne pensais pas que cela pouvait être scientifiquement prouvé et mesuré», se rappelle Sébastien Strubel. Depuis, son avis a changé.

Pour Laurence Weibel, qui travaille au service prévention de la Cram d'Alsace-Moselle, les chefs d'entreprise ne prennent pas toujours cette question au sérieux. «On commence tout juste à considérer le stress comme une maladie professionnelle. Dans la région, nous n'avons eu que 10 demandes d'intervention.» Dominique Chouanière, médecin à l'Institut national de la recherche et de la sécurité au travail (INRS) dresse le même bilan: «En France, on s'est mis très tard à parler de ces questions, déplore-t-elle. Les chefs d'entreprises commencent par nier le problème, et disent que leurs salariés sont trop fragiles. Parfois seulement, ils comprennent que c'est un phénomène biologique qui peut avoir des conséquences à long terme sur la santé (1)».

La spécialiste note néanmoins une évolution. «Il y a quelques années, on recevait des demandes d'entreprises où les situations étaient intenables: des suicides en série, des bagarres… Aujourd'hui, on est confronté à des problèmes de stress plus courants». Bon an mal an, la prévention s'organise donc.

Plusieurs signaux d'alarme peuvent inciter les employeurs à engager une démarche de prévention du stress: plaintes du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), des médecins du travail; remontées des partenaires sociaux ou de la Cram. Un turn-over important, l'absentéisme et, cas extrême, le suicide, peuvent également attirer l'attention de la direction.

«Les épidémies de suicide ne sont pas rares, poursuit Dominique Chouanière. Quand des salariés vivent une expérience professionnelle douloureuse, si l'un se décide à se donner la mort, il laisse la voie libre aux autres.» Selon elle, c'est «quasi expérimental»: en mettant une personne dans une situation donnée, on obtient tel ou tel niveau de stress. La chercheuse a beaucoup travaillé sur les centres d'appels téléphoniques, l'un des secteurs d'activités les plus touchés par le phénomène. «C'est un travail qui nécessite un fort investissement; où le salarié, tout en étant isolé, n'a aucune marge d'autonomie car il ne fait que lire des questions qu'on lui impose. Tout cela en étant contrôlé en permanence par sa hiérarchie.» A en croire le modèle de Karasek, le métier de téléopérateur réunit en effet tous les facteurs favorisant la naissance du stress: contrôle permanent sur le travail effectué, pénibilité du travail et soutien social inexistant.

Inutile d'attendre que les indicateurs sociaux virent au rouge pour mettre en oeuvre une démarche de prévention dans son entreprise. Depuis la fin des années 1990, certaines grandes entreprises, comme Renault, se sont dotées d'«observatoires du stress» pour dresser chaque année des statistiques sur la santé mentale des salariés. Mais ces démarches n'ont pas nécessairement été suivies d'effets concrets. «Quand la direction engage une intervention, elle doit jouer le jeu jusqu'au bout!», insiste Dominique Chouanière. Après le diagnostic, les travailleurs pensent que leur situation va s'améliorer et se placent alors dans une posture d'attente. Et si rien ne change? Leur mal-être ne fait que s'aggraver.

(1) voir article du JDLE «Prévenir le stress au travail»




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