La pression climatique monte sur les poissons

Le 22 juin 2018 par Stéphanie Senet
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La zone de frai du maquereau commun remonte rapidement vers le Nord
La zone de frai du maquereau commun remonte rapidement vers le Nord

Migrations vers le Nord, pontes avancées, croissances perturbées… La vie des espèces halieutiques, déjà modifiée par le réchauffement climatique, doit être prise en compte dans les plans de gestion de pêche.

Dans le golfe de Gascogne, la température de l’eau[1] devrait grimper en moyenne de 2,2 à 3,5°C en un siècle. Dans la partie nord, la hausse pourrait même atteindre 5°C selon le rapport AcclimaTerra publié le 1er juin. Autres changements attendus: une modification de la circulation océanique (affaiblissement du Gulf Stream), une hausse du niveau de la mer d’1 mètre en 2100, une baisse possible de la productivité marine[2], une acidification des eaux et une baisse des débits annuels des fleuves de l’ordre de 20 à 30% en 30 ans.

10% des pêcheurs français / En Nouvelle-Aquitaine, la pêche maritime compte 535 navires de pêche en activité en 2016. Le navire moyen mesure 12 mètres, a une puissance de 170 kilowatts (kW), une jauge brute de 37 UMS et est âgé de 26 ans. Le secteur représente 1.648 marins pêcheurs, soit 10% de l’effectif total français.

 

Migrations vers le nord

Toutes ces perturbations ont déjà provoqué, ou provoqueront bientôt, des effets sur les 12 espèces halieutiques les plus importantes pour les pêcheurs (cf. encadré). A commencer par des migrations vers le nord de la zone. Les zones de frai du maquereau commun remontent déjà vers le nord à raison de 28 kilomètres par degré Celsius de réchauffement de la mer. Ce qui devrait se traduire par un déplacement de 328 km d’ici la fin du siècle. Aujourd’hui, la production d’œufs et de la biomasse des reproducteurs a déjà décliné dans le golfe de Gascogne.

De nouveaux habitats ont aussi été observés pour la dorade royale (dans les eaux irlandaises), le merlu européen (en mer du Nord) ou encore la baudroie commune (dans les eaux profondes islandaises).

 

Pontes et croissances modifiées

Les espèces halieutiques sont aussi perturbées au plan de la phénologie[3]. La sole commune pond plus tôt en mer du Nord, en Irlande et en Manche lors des années chaudes. Les auteurs du rapport prévoient aussi que la période de ponte de la palourde japonaise devrait se raccourcir dans le bassin d’Arcachon.

Et cela ne s’arrête pas là. Au niveau physiologique, la croissance des palourdes japonaises et la mortalité larvaire du merlu européen sont fortement influencées par la température de l’eau. A noter qu’en mer du Nord, des eaux plus chaudes ont toutefois accru le nombre d’individus de merlu européen.

La connaissance des impacts de l’acidification de l’eau reste plus rudimentaire. Les auteurs mentionnent seulement des risques pour la survie des larves de maigre et pour la croissance de la palourde européenne.

 

L’espoir du RMD

Résultat: tous ces changements risquent d’être lourds de conséquences pour les pêcheurs et pour la gestion des zones de pêche et de l’attribution des quotas et totaux admissibles de capture (TAC) par l’Union européenne. Une note d’optimisme toutefois: l’atteinte du rendement maximum durable (RMD) visé par la politique commune de pêche (PCP) en 2020 devrait réduire la sensibilité des espèces aux impacts des changements climatiques, affirme le rapport. A condition qu’il soit respecté.

 

Base de données / Précieux pour les pêcheurs, le site acclimaterra.fr recense les 12 espèces les plus importantes en Nouvelle-Aquitaine et détaillent leur distribution, écologie, état du stock, leurs zones fonctionnelles et les impacts attendus et observés du changement climatique.

 



[1] Eau de surface (jusqu’à 100 mètres de profondeur) et eaux littorales

[2] Liée notamment à la modification des concentrations de nutriments en surface

[3] Etude des variations des phénomènes périodiques de la vie animale et végétale en fonction du climat

 



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