La présence humaine immobilise les animaux

Le 26 janvier 2018 par Romain Loury
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Le renard, animal semi-urbain
Le renard, animal semi-urbain

La sédentarité guette aussi les animaux: sur des espaces modifiés par l’homme, les mammifères se déplacent moins que sur les terres les plus sauvages, jusqu’à trois fois moins, révèle une étude publiée jeudi 25 janvier dans la revue Science.

Environ 50% à 70% de la surface terrestre est modifiée par l’homme, que ce soit par les villes, les routes, les ponts, l’agriculture. Plusieurs études, menées localement et sur quelques espèces, ont montré que cette fragmentation de l’habitat entravait le déplacement des animaux, leur compliquant la recherche de nourriture et la reproduction.

57 espèces étudiées

L’étude publiée dans Science par 115 chercheurs est la plus large menée à ce sujet: elle a porté sur 57 espèces de mammifères réparties sur les cinq continents, de l’élan au lion en passant par le renard, l’éléphant, le loup, le raton laveur et le sanglier. Soit 803 individus dont les déplacements, évalués par GPS, ont été consignés sur une période de 10 jours.

Les chercheurs ont évalué ces mouvements en fonction de l’indice HFI (Human Footprint Index), qui mesure l’empreinte humaine en lui assignant une valeur de 0 (par exemple, le Pantanal au Brésil, plus large zone humide au monde) à 50, qui correspond à une ville comme New York.

Les carnivores trois fois moins mobiles

Les résultats confirment qu’au-dessus d’un HFI de 36, les animaux se déplacent moins que ceux vivant dans une zone à HFI inférieur à 2. Voire beaucoup moins: sur une période de 10 jours, le déplacement maximal d’un carnivore dans une zone «humanisée» n’est que de 6,6 kilomètres, contre 21,5 km dans une zone naturelle. Une tendance observée également pour les herbivores et les omnivores.

Les chercheurs entrevoient deux explications principales, qui ne s’excluent pas l’une l’autre: d’une part la fragmentation de l’habitat, qui entrave les déplacements des animaux; d’autre part, la plus grande abondance de ressources générées par la présence humaine (alimentation, points d’eau).

Un bouleversement des écosystèmes

Pour l’équipe, ce phénomène pourrait avoir des conséquences délétères pour les écosystèmes, par exemple sur le transport de graines végétales, pour les interactions proies-prédateurs, ainsi que le risque de maladies, aussi bien pour la faune que pour l’homme. D’autant que la destruction et la fragmentation de l’habitat constituent un facteur important de maladies humaines, comme le paludisme ou Ebola.

Ces difficultés à se déplacer pourraient aussi rendre les animaux plus vulnérables au réchauffement: alors qu’on s’attend à de nombreuses migrations vers les pôles ou en altitude, les espèces risquent de se trouver rapidement bloquées par des obstacles créés par l’homme.



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