La pollution lumineuse, facteur de risque infectieux

Le 26 juillet 2019 par Romain Loury
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Le moineau, principal réservoir du WNV
Le moineau, principal réservoir du WNV
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La pollution lumineuse nocturne pourrait favoriser la propagation du West Nile Virus, en fragilisant les défenses immunitaires du moineau, principale espèce hôte, révèle une étude américaine publiée dans les Proceedings of the Royal Society B.

En hausse constante à travers la planète, l’éclairage nocturne constitue une nuisance aussi bien pour la faune sauvage que pour l’homme. Et parfois même pour les deux en même temps: c’est ce que révèle l’étude menée par Meredith Kernbach, infectiologue à l’University of South Florida (Tampa),  et ses collègues, portant sur le virus du Nil occidental (West Nile Virus). S’il se contracte par piqûre de moustique, le principal réservoir animal de ce virus est le moineau.

Des oiseaux plus lourdement infectés

Les chercheurs ont capturé 45 moineaux, qu’ils ont répartis en deux groupes: le premier était exposé à un cycle jour-nuit naturel, l’autre était exposé à un éclairage nocturne tel que celui qui règne dans nos villes. Après une à trois semaines de ce régime, tous les oiseaux étaient exposés  au virus.

Ce n’est que six jours après l’infection que des différences apparaissaient. Seuls les moineaux du groupe exposé à l’éclairage nocturne présentaient encore des taux élevés de virus, suffisants pour favoriser une transmission par voie de moustique. Selon les calculs des chercheurs, l’éclairage pourrait ainsi accroître de 41% le risque de propagation de la maladie.

Lors d’une étude précédente, la même équipe avait montré que des oiseaux présentant une teneur élevée en cortisol, hormone du stress dont la production est surélevée par le bruit et la lumière, attirent plus souvent les piqûres de moustiques. Ce qui, là aussi, pourrait favoriser la transmission du virus à l’homme.

Les défenses immunitaires affaiblies

«Ces résultats constituent probablement la première indication que la pollution lumineuse peut affecter la transmission de maladies zoonotiques. De nombreux hôtes et vecteurs utilisent la lumière pour coordonner leurs rythmes journalier et saisonnier, et la perturbation de ce rythme, par une lumière artificielle, pourrait affecter les réponses immunitaires, ce qui pourrait expliquer nos résultats», explique Meredith Kernbach dans un communiqué de l’University of South Florida.

Depuis les premiers cas new-yorkais en 1999, la fièvre à West Nile Virus a touché plus de 46.000 personnes aux Etats-Unis. Circulant en Europe depuis les années 1950, la maladie y a fait ses premiers cas humains avérés en 1962, en Camargue.

Depuis début 2019, elle a touché 13 personnes, dont 10 en Grèce, 2 en Roumanie et 1 en Italie, selon un bilan au 25 juillet du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Souvent sans gravité, la maladie peut en revanche causer des ravages chez certains oiseaux, dont les passéridés et les corvidés.



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