La pollution de l’Escaut irrite le gouvernement wallon

Le 24 avril 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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100.000 m3 d'eaux de lavage de la sucrerie d'Escaudœuvres ont été déversés dans l'Escault.
100.000 m3 d'eaux de lavage de la sucrerie d'Escaudœuvres ont été déversés dans l'Escault.
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La région belge accuse Tereos d’avoir pollué l’Escault des deux côtés de la frontière. L’industriel français temporise.

Ce n’est pas encore un incident international, mais nous n’en sommes plus très loin. Le 22 avril, le gouvernement de la région belge de Wallonie a montré son irritation après la pollution de l’Escaut survenue il y a deux semaines.

Dans la nuit du 9 au 10 avril, la digue d’un bassin de décantation d’eaux de lavage de betterave a cédé, laissant s’écouler 100.000 m3 d’effluents très riches en matières organiques. Le site est situé dans l’enceinte de la sucrerie Tereos d’Escaudœuvres (Nord). Plusieurs habitations riveraines, à Thun-Saint-Martin (59) ont été inondées, indique l’Aisne nouvelle.

En surabondance, la dégradation de matières organiques consommation une bonne parti de l’oxygène de l’eau, asphyxiant les organismes vivant à proximité. La dégradation des matières organiques produit de surcroît de l’ammoniac et des nitrites, très toxiques pour la faune aquatique.

enquête judiciaire

Des mortalités piscicoles ont été constatées sur plusieurs cours d’eau, notamment la Raperie, l’Erclin puis l’Escaut, confirme l’Office français pour la biodiversité (OFB), dans un communiqué daté du 15 avril. Une enquête judiciaire pour pollution des eaux superficielles a été ouverte par l'OFB.

La police belge de l’environnement n’a été informée de la pollution que le 20 avril à la suite de la découverte par un riverain de l’Escaut de poissons morts. «Cette pollution survenue le 9 avril n'a jamais été signalée par la France aux autorités belges, comme le prévoit les procédures Aquapol. Le Gouvernement wallon interpellera les autorités françaises afin de faire la clarté sur cette négligence», s’énerve le gouvernement wallon. Le lieu de l’accident est distant d’une quarantaine de kilomètres de la frontière.

lourde amende belge

Les pompiers belges ont procédé à une opération de bullage en amont de l'écluse d'Herinnes (frontière flamande) afin d’oxygéner le cours d'eau, dans lequel des centaines de poissons s'accumulaient.

Les autorités françaises confirment n'avoir pas alerté la Belgique. «Les mesures effectuées sur le terrain le 10 avril 2020 n’ont pas mis en évidence de pollution. Néanmoins, bien qu’une diminution d’oxygène avec l’apparition d’une mortalité piscicole ait pu être constatée dans les jours suivant l’accident, un retour progressif à un taux d’oxygène plus normal a été mesuré. Il n’y a donc pas eu d’alerte aux régions situées en aval, en particulier côté belge», indique un communiqué de la préfecture du Nord, mis en ligne le 24 avril.

S’il reconnaît la survenue d’un incident, le 10 avril, sur l’un des bassins de sa sucrerie cambrésienne, le deuxième groupe sucrier mondial refuse, pour le moment, d’endosser la responsabilité de la destruction des poissons belges. «A ce stade, Il est encore trop tôt pour établir de quelconques liens de causalité. Tereos, en tant qu’entreprise citoyenne, assumera sa responsabilité si elle venait à être établie», indique le propriétaire de Beghin-Say.

En France, le déversement de substances nuisibles à la faune ou la flore aquatiques est un délit passible de deux ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende. En Belgique, outre le remboursement des frais de dépollution, Tereos risque, uniquement en Wallonie, une amende de 1 million d’euros.