La pollution de l'air tue-t-elle les bouquetins?

Le 12 mai 2017 par Romain Loury
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Le bouquetin des Alpes (Capra ibex)
Le bouquetin des Alpes (Capra ibex)
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La pollution atmosphérique a-t-elle des effets sanitaires sur la faune sauvage? La question demeure étonnamment peu, voire pas du tout, explorée. Pourtant, la forte pollution qui a frappé cet hiver la vallée de l’Arve, dans les Alpes, est parmi les hypothèses invoquées pour expliquer l’hécatombe survenue chez des ongulés du parc de Merlet.

Situé aux Houches (Haute-Savoie), le parc animalier de Merlet, qui regroupe plusieurs espèces alpines, a été le théâtred’une hécatombe peu commune entre fin décembre et janvier. En plus d’un mois, 11 mouflons, sur les 17 que compte le parc, sont morts d’une pneumonie. Grâce à un traitement antibiotique, le pire a été évité chez les mouflons, dont seuls 3 sur 16 sont morts.

«C’est la première fois que cela nous arrivait», note la gérante du parc, Claire Cachat, contactée par le JDLE. Or cette épidémie coïncide avec les 35 jours de pic de pollution qu’a connus, entre décembre et début janvier, la vallée de l’Arve, pointe-t-elle, y voyant une possible explication.

D’autres épisodes?

Sur Facebook, un abonné du Parc de Merlet fait mention d’un cas similaire, survenu à l’hiver 2007-2008 chez les bouquetins du parc de la Vanoise. Fait troublant, ces pneumonies mortelles s’accompagnaient d’un syndrome oculaire, la kératoconjonctivite, qui a également touché les animaux du parc de Merlet «fin novembre, début décembre» 2016, note Claire Cachat.

Dominique Gauthier, du laboratoire départemental d’analyse vétérinaire des Hautes-Alpes (LDAV05), est l’un de ceux qui a travaillé sur cette épidémie du parc de la Vanoise. Contacté par le JDLE, il évoque un taux de mortalité très élevé, de 60%, voire 80% pour les individus âgés de plus de 6 ans.

Les pneumonies semblaient alors d’origine virale, liées à un herpesvirus jusqu’alors inconnu chez cette espèce. A la différence du parc de Merlet, où les analyses pulmonaires, menées lors des autopsies, ont révélé la présence de plusieurs agents bactériens, dont des streptocoques, Moraxella spp., Mannheimia haemolytica et Bibersteinia trehalosi.

Interrogé sur l’effet éventuel de la pollution atmosphérique sur les animaux, Dominique Gauthier ne l’exclut pas, mais se montre sceptique: «cela me semble étrange que ce type de pollution puisse induire une telle épidémie de mortalité aigüe. Si c’était le cas, cela serait multiespèces: différentes espèces auraient été touchées en même temps». Or ni les chamois ni les cerfs du parc de Merlet n’ont été touchés.

Pollution et maladies respiratoires

Selon Renaud Scheifler, maître de conférences à l’université de Franche-Comté et chercheur à l’unité mixte de recherche «Chrono-environnement» (CNRS, UMR6249, Besançon), rien n’exclut un lien entre la pollution et de telles épidémies. Il est même «plausible»: «je ne serais pas du tout surpris qu’il y ait un lien, chez l’animal, entre la pollution de l’air et la survenue de problèmes respiratoires d’origine infectieuse. C’est d’ailleurs ce qui se passe chez l’homme».

Ses travaux montrent l’existence de ce phénomène chez d’autres animaux, mais pour d’autres types de polluants, en l’occurrence les métaux lourds. En janvier 2013, l’équipe a ainsi montré que l’imprégnation par le plomb favorisait la présence chez les moineaux du Plasmodium relictum, agent du paludisme aviaire.

En revanche, rien de tel sur les polluants atmosphériques, domaine de recherche vierge en ce qui concerne la faune sauvage. Et pour cause: à la différence des métaux lourds, les polluants de l’air, qu’ils soient gazeux ou particulaires, ne s’accumulent pas dans l’organisme. Les études montrant un effet de la pollution atmosphérique sur l’hommesont avant tout d’ordre épidémiologique, et non toxicologique.

Pas de cas répertorié dans Sagir

Chargé de surveiller la santé de la faune sauvage pour le compte de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), le réseau Sagir se montre circonspect, indiquant ne pas connaître de cas de mortalité liée à la pollution de l’air. L’hypothèse avait toutefois été soulevée, en 2013, lors des «pluies de grives» qui ont touché plusieurs départements d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Déjà observé dans d’autres pays, ce phénomène se caractérise par la mort de centaines de grives musiciennes, tombant du ciel lors d’une migration nocturne et mourant lors de la collision au sol. Toutefois, «nous avions rapidement infirmé cette hypothèse [de la pollution de l’air] après entretien avec les différentes associations en charge de la surveillance de la qualité de l’air», indique le réseau Sagir.



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