La pollution de l’air pourrait engendrer des tumeurs cérébrales

Le 14 novembre 2019 par Romain Loury
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Les particules ultrafines s'infiltrent dans le cerveau
Les particules ultrafines s'infiltrent dans le cerveau

Les particules ultrafines, dont la taille leur permet de s’infiltrer dans le sang puis le cerveau, pourraient y favoriser des tumeurs cérébrales, révèle une étude canadienne publiée dans la revue Epidemiology.

Parmi les polluants réglementés pour la surveillance dans l’air ambiant, les particules fines PM10 et PM2,5 (d’une taille inférieure à 10 et 2,5 microns, respectivement) et le dioxyde d’azote (NO2) ont été liés à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de pulmonaires –dont le cancer du poumon.

Or d’autres polluants, pas encore réglementés, pourraient avoir de graves effets sanitaires, bien que largement méconnus. C’est le cas des particules ultrafines, d’un diamètre inférieur à 0,1 micron (moins de 100 nanomètres), dont Scott Weichenthal, épidémiologiste à l’université McGill (Montréal), et ses collègues révèlent qu’elles pourraient accroître le risque de tumeurs cérébrales.

Des polluants qui pénètrent dans le cerveau

Peu d’études ont encore été menées sur les effets de la pollution de l’air sur ce type de cancers. Celles portant sur les PM2,5 et le NO2 ont montré des résultats divergents, certaines concluant à un léger surrisque, d’autres non.

Or contrairement à ces polluants, les particules ultrafines pénètrent dans le cerveau, comme l’a montré une étude publiée en 2016. Pire, leur accumulation pourrait favoriser des altérations cérébrales à l’origine de déficits cognitifs, y compris chez des enfants et adolescents, avec des signes biologiques évocateurs de la maladie d’Alzheimer.

Afin d’évaluer cet éventuel lien entre particules ultrafines et tumeurs cérébrales, les chercheurs canadiens ont analysé 1.400 cas de ces cancers, survenus entre 2001 et 2016 chez près de 1,9 million de personnes vivant à Toronto et Montréal, inclus dans les cohortes Canadian Census Health and Environment.

Un risque statistiquement significatif

Après prise en compte des autres polluants de l’air (PM2,5, NO2), de divers facteurs sociodémographiques, du tabagisme et de l’indice de masse corporelle (IMC), un lien apparaît entre les particules ultrafines et ces tumeurs. Le risque s’accroît de 13,3% dès que le taux de ces polluants, mesuré dans le quartier de résidence, augmente de 10.000 particules/cm3[i]. En revanche, ni les PM2,5, ni le NO2, ne sont liés à un risque accru de tumeurs cérébrales.

Si les particules ultrafines ne sont pas encore réglementées, l’Anses[ii] a recommandé, dans un rapport publié en juin 2018, d’en renforcer le suivi. Plusieurs associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (Aasqa) s’y sont mises, dont Airparif, qui s’est dotée en septembre d’un premier appareil permettant leur mesure permanente.



[i] Ce taux de particules ultrafines, lissé sur une période de trois ans, était en moyenne de 26.697 par cm3, avec des valeurs allant de 6697 par cm3 à 97.158 par cm3.

[ii] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail