La pollution de l’air pourrait dérégler le cycle menstruel

Le 19 décembre 2019 par Romain Loury
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Des effets bien au-delà du coeur et des poumons
Des effets bien au-delà du coeur et des poumons
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Les polluants atmosphériques, dont le dioxyde d’azote et les particules fines, sont liées à une perturbation du cycle menstruel, en particulier un allongement de la phase folliculaire, qui précède l’ovulation, révèle une étude française publiée dans la revue Environmental Pollution.

Si les effets des polluants atmosphériques, en particulier les oxydes d’azote (NOx) et les particules fines, sur les maladies cardiovasculaires et pulmonaires sont bien connus, il reste encore beaucoup à apprendre quant à leur impact sur d’autres organes. Ces polluants s’immiscent en effet partout, y compris dans le cerveau (où ils ont été liés à l’autisme, à la maladie d’Alzheimer, voire à des tumeurs cérébrales), mais aussi dans les organes reproducteurs.

Des effets aussi sur la fertilité

L’Asie, première victime de la pollution de l’air. Selon le rapport annuel de la Global Alliance on Health and Pollution (GAHP), cinq pays asiatiques arrivent en tête pour la mortalité liée à la pollution de l’air (chiffres 2017): la Chine (1,243 million de morts par an), l’Inde (1,241 million), le Pakistan (128.000), l’Indonésie (124.000) et le Bangladesh (123.000). Ils sont suivis du Nigéria, des Etats-Unis, de la Russie, du Brésil et des Philippines.

Pour ces derniers, plusieurs effets ont été démontrés en cas d’exposition lors de la grossesse, dont les naissances prématurées, les petits poids de naissance ou la prééclampsie (hypertension artérielle pendant la grossesse). D’autres études ont par ailleurs suggéré un risque accru d’infertilité au sein des couples les plus exposés à la pollution atmosphérique.

Entre autres raisons de ce dernier phénomène, en forte augmentation dans les pays industrialisés, une possible altération de la qualité du sperme chez les hommes, mais aussi de la régularité du cycle menstruel chez les femmes. En cause, les polluants atmosphériques, en particulier les particules fines, pourraient interférer avec l’axe hypothalamo-hypophysaire, principale voie de régulation hormonale du cycle menstruel, agissant ainsi comme des perturbateurs endocriniens.

Un allongement de la phase pré-ovulatoire

Dans son étude, l’équipe de Rémy Slama, de l’Institut pour l’avancée des biosciences (Inserm/CNRS/Université Grenoble Alpes[i]), a étudié, grâce à des dosages hormonaux, le déroulement de ce cycle chez 184 femmes incluses dans l’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France (Obseff), en fonction de leur exposition au dioxyde d’azote (NO2) et aux particules fines de taille inférieure à 10 microns (PM10) au cours du moins précédant le cycle.

Selon leurs résultats, toute hausse de la teneur atmosphérique est liée à un allongement de la phase de folliculaire, d’une durée moyenne de 18 jours, qui précède l’ovulation. Pour le NO2, l’effet était de +0,7 jour pour toute hausse de 10 µg/m3, contre +1,6 jour lorsque la teneur en PM10 s’élevait de 10 µg/m3[ii].

Des résultats à confirmer

Selon Rémy Slama, «ces résultats sont cohérents avec les données plus fondamentales suggérant que la pollution atmosphérique peut perturber l’axe qui contrôle le cycle menstruel, et les hormones de stress comme le cortisol, qui peuvent l’influencer (…) Il s’agit de travaux originaux qui génèrent une hypothèse nouvelle. Il faudra probablement un certain temps pour l’infirmer ou la confirmer sur de plus grands échantillons de population, étant donné le coût et l’effort que représentent de telles études».

Publiée mercredi 18 décembre dans les Environmental Health Perspectives, une méta-analyse portant sur 9 études publiées confirme une association entre la pollution de l’air et le risque de dépression, voire de suicide. Pour toute hausse de 10 µg/m3 de la teneur atmosphérique en PM2,5 (particules fines d’une taille inférieure à 2,5 microns), le risque de dépression s’accroît de 10%.



[i] CNRS: Centre national de la recherche scientifique; Inserm: Institut nationale de la santé et de la recherche médicale.

[ii] Aucun effet statistiquement significatif na été relevé sur la phase lutéale, d’une durée de 10 jours et qui suit l’ovulation, ni sur la longueur totale du cycle, de 28 jours.