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La pollution de l’air extérieur est classée cancérigène avéré

Le 17 octobre 2013 par Marine Jobert
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Les Chinois paient un lourd tribut à la pollution de l'air.
Les Chinois paient un lourd tribut à la pollution de l'air.
Greenpeace

Humains des villes et des champs, sous toutes les latitudes, vous respirez un air extérieur qui peut vous rendre malades. C’est le message du Centre international de recherche sur le cancer, qui vient de classer comme cancérigène avéré la pollution de l’air extérieur. Rien de nouveau au plan scientifique, mais les implications politiques d’un tel classement sont réelles.

Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé, ce 17 octobre, la pollution de l’air extérieur, sur l’ensemble de la planète, comme cancérigène avéré (classe 1). Après une revue de littérature des dernières publications disponibles –environ 1.000 articles, portant sur l’état de santé de millions d’humains sur trois continents-, les experts ont conclu qu’il y a «suffisamment de preuves que l’exposition à la pollution de l’air extérieur provoque le cancer des poumons et favorise le cancer de la vessie». Les particules fines –l’un des principaux composants de l’air extérieur- ont été évaluées séparément et sont aussi classées cancérigènes pour les humains, tout comme le diesel en juin 2012. «Bien que la composition de la pollution de l’air et les niveaux d’exposition puissent varier puissamment d’un endroit à l’autre, les conclusions du groupe de travail concernent toutes les régions du globe», indique le Circ dans un communiqué. L’agence dépendant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiera ses conclusions en détail, le 24 octobre, dans la revue médicale britannique The Lancet Oncology.

«Classer la pollution de l’air extérieur comme cancérigène pour les humains est une étape importante», a commenté Christopher Wild, médecin et directeur du Circ. «Il existe des solutions concrètes pour réduire la pollution de l’air, et au vu de l’ampleur de l’exposition mondiale, ce rapport devrait envoyer un signal fort à la communauté internationale pour qu’elle agisse sans délai.»

 

Mélange cancérigène

Les conséquences délétères de la pollution de l’air sur les pathologies respiratoires et cardiaques sont également bien connues. Mais c’est l’intensité et la fréquence des épisodes de pollution qui ont évolué ces dernières années, notamment dans les pays industrialisés et densément peuplés. Les données les plus récentes, selon le Circ, font état du décès de 223.000 personnes, à travers le monde, du seul cancer des poumons, à cause de la pollution de l’air. «L’air que nous respirons est désormais pollué par un mélange de substances qui causent le cancer», explique Kurt Straif, médecin qui dirige le département du Circ chargé d’identifier les facteurs environnementaux susceptibles d’accroître le risque de cancer chez l’homme. «Nous savons maintenant que la pollution de l’air extérieur n’est pas seulement un risque majeur pour la santé en général, mais aussi une des causes environnementales principales des décès par cancer.»

 

Emissions industrielles et agricoles

Au lieu d’envisager la pollution polluant par polluant –diesel, solvants, métaux, poussières- les experts du Circ l’ont envisagée dans sa globalité. «Notre mission était d’évaluer l’air que chacun respire plutôt que de focaliser sur certains polluants atmosphériques», détaille Dana Loomis, médecin du Circ. «Les résultats obtenus vont tous dans la même direction: le risque de développer un cancer des poumons augmente significativement chez les gens exposés à la pollution de l’air.» Parmi les sources de ‘production’ de cette pollution, le Circ énumère les transports, les centrales électriques à flammes, les émissions industrielles et agricoles, le chauffage résidentiel et la combustion de matériaux pour faire la cuisine.

 

Constat difficile à assumer

Des vues qui rejoignent celles portées par l’association française Respire. «C’est un constat qui va sûrement être très difficile à assumer pour les politiques, car s’ils l’acceptent, cela signifie que les situations dans lesquelles nous vivons ne sont pas acceptables», estime Thibaut Vonthron, le porte-parole de l’association pour Le Journal de l’Environnement. «Cela me fait penser aux annonces du Giec[1] sur le changement climatique: le premier rapport a fait l’effet d’une bombe, mais les politiques ont mis du temps à accepter ces conclusions. Après, on peut être dans le déni, mais le fait est que du point de vue scientifique, les choses sont dites clairement.»

 

Chère pollution

Ce classement fait écho à la publication par l’Agence européenne de l’environnement (AEE) d’une étude qui met en évidence que 90% des urbains sont exposés régulièrement à des seuils de particules fines (PM 2,5) supérieurs aux recommandation de l’OMS (10 microgrammes par mètre cube d’air) et que 98% d’entre eux ont été exposés en 2011 à des concentrations d’ozone mesurées à des niveaux supérieurs aux seuils de recommandation de l’OMS. Le Commissariat général au développement durable (CGDD) a publié, en octobre, deux rapports qui analysent le coût de la pollution de l’air en général et des particules PM 2,5 en particulier pour le système de soins français (consultations, soins, médicaments, hospitalisations, indemnités journalières). La pollution atmosphérique coûte entre 0,8 et 1,7 milliards d'euros par an. Les seuls PM 2,5 engendrent des dépenses oscillant entre 20 et 30 Md€ par an.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat

 



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