La pollution azotée en hausse de 25% d’ici à 2050?

Le 14 mai 2014 par Romain Loury
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Cet excès d'engrais qui nous menace
Cet excès d'engrais qui nous menace
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La pollution azotée s’accroîtrait de 25% d’ici 2050 si aucune action n’est entreprise pour la modérer, et pourrait être réduite de 50% dans le cas contraire, selon une étude publiée dans la revue Nature Communications.

Indispensable à l’agriculture, et donc à l’alimentation humaine, l’azote a vu sa fixation quadrupler depuis les débuts de la révolution industrielle, du fait d’une utilisation massive d’engrais minéraux. Problème, cet élément engendre une pollution de plus en plus élevée. En particulier dans l’eau, où l’azote en excès déstabilise les écosystèmes par eutrophisation; et dans l’air, où la formation d’ozone, de particules et d’oxyde d’azote favorise des maladies comme le cancer et l’asthme.

La facture pourrait déjà s’élever à 3% du produit intérieur brut (PIB) mondial, selon les estimations les plus pessimistes. Or la situation pourrait largement s’aggraver d’ici 2050, si l’on en croit la modélisation mathématique publiée par Benjamin Leon Bodirsky, de l’institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam (Allemagne), et ses collègues.

Cette étude, la première de ce genre, révèle que les émissions d’azote pourraient passer de 185 Tg (niveau de 2010) à 232 Tg si rien n’est fait pour modérer l’impact, soit une hausse de 25% [1]. Un scénario dans lequel la population mondiale croît jusqu’à 9 milliards d’individus, avec des pays en développement rattrapant le niveau de vie et d’alimentation des pays riches.

Diminuer le gaspillage, consommer moins de viande

A l’inverse, il serait possible de ramener nos émissions d’azote réactif de 185 Tg à seulement 95 Tg en 2050, soit une baisse d’environ 50%, si plusieurs mesures correctives sont mises en œuvre. Notamment en diminuant le gaspillage alimentaire et en orientant nos déchets vers la fertilisation, en abaissant notre consommation de produits animaux, en fertilisant moins mais de manière plus efficace, et en améliorant notre gestion de la production animale.

«Il est possible d’inverser la tendance actuelle par un ensemble d’actions, mais le risque demeure que la pollution azotée continue à excéder les seuils de sécurité environnementale», craint toutefois Benjamin Leon Bodirsky.

Comprendre: il est certes possible d’agir, mais il n’est pas sûr, même avec notre meilleure volonté, de revenir à l’équilibre environnemental d’ici 2050. Car même dans le cas, très optimiste, où l’homme parviendrait à diminuer de moitié la pollution azotée, celle-ci pourrait encore se situer au-dessus de la cote d’alarme, avec une concentration encore trop importante aussi bien dans l’air que dans l’eau.

L’économie à la rescousse?

Faible espoir, les chercheurs reconnaissent ne pas avoir pris en compte plusieurs facteurs, tels qu’un éventuel ralentissement de la croissance de la population, ou un recours de plus en plus fréquent au végétarisme. Autre possibilité non prise en compte dans l’étude, une tension croissante du marché des engrais minéraux, dont le prix s’est envolé ces dernières années.

«Calculé en termes réels (base 100 en 2005), leur prix [celui des engrais azotés, phosphatés et potassiques] est passé, en France, d’un indice 95 sur la période 2000-2005 à 145 au premier trimestre de l’année 2012, après avoir culminé à 190 fin 2008», selon un récent rapport de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) (voir le JDLE).

Et avec des réserves naturelles de gaz naturel -nécessaire à la fabrication des engrais azotés- concentrées à 60% en Russie, au Turkménistan, en Irak et au Qatar, le scénario optimiste pourrait après tout avoir quelques chances.

[1] Le téragramme (Tg) équivaut à 1.000 milliards de grammes, soit un million de tonnes.



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