La plante en pot ne dépollue pas l'air intérieur

Le 29 juin 2010 par Célia Fontaine
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L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a organisé le 28 juin un atelier sur le thème de l’épuration de l’air intérieur par les plantes, en partenariat avec la faculté des Sciences pharmaceutiques et biologiques de Lille et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Tous les travaux menés en laboratoire montrent les capacités intrinsèques des végétaux à réduire la teneur de certains polluants gazeux présents dans l’air intérieur. Mais l’utilisation de plantes en pot dans des espaces réels ne permet pas une épuration efficace des volumes d’air des bâtiments.

Les sources de polluants dans les espaces clos sont très diversifiées : appareils de chauffage et de cuisson, tabagisme, produits d’entretien, matériaux de construction, de décoration et d’ameublement… « Les contaminants biologiques (virus, bactéries, moisissures, allergènes…) et physicochimiques (particules, monoxyde de carbone, composés organiques volatils -COV- ou semi-volatils tels que phtalates, biocides…) qui se retrouvent en concentrations plus ou moins importantes dans l’air intérieur sont susceptibles d’avoir des impacts sur la santé », rappelle l’OQAI. Ils peuvent générer ou aggraver des maladies chroniques (allergies, irritations, fatigue, maux de tête, troubles respiratoires…), des effets aigus (intoxication par le monoxyde de carbone, infections…) ou même des pathologies à long terme (cancers, perturbations endocriniennes, troubles cardiovasculaires…).

C’est pourquoi il est vivement recommandé d’adopter certains réflexes de bon sens pour réduire ces sources de polluants : éviter de fumer à l’intérieur, faire entretenir les appareils à combustion de chauffage et de production d’eau chaude, bien choisir les produits d’entretien et les matériaux de construction et de décoration, etc. Pour aider le consommateur, l’article 40 de la loi Grenelle I du 3 août 2009 a rendu obligatoire, à compter du 1er janvier 2012[1], l’étiquetage des caractéristiques sanitaires de ces produits afin de l’informer de leur degré d’émissivité. D’autre part, l’aération et la ventilation permettent d’évacuer une partie des polluants. « Ce n’est qu’après le respect de ces gestes de base qu’il est possible d’envisager de mettre en place des systèmes d’épuration de l’air », précise l’OQAI. La phytoremédiation (recours à certaines plantes) suscite une attente importante de la part du grand public, mais est-elle vraiment une solution ?

En France, un programme de recherche dénommé Phytair a été lancé en 2004 à l’initiative de l’Ademe et de ses délégations régionales Nord-Pas-de-Calais et Pays de la Loire. Il a pour ambition de déterminer, d’ici 2011, la capacité d’épuration des plantes placées dans des conditions réalistes, concernant la concentration des polluants de l’air intérieur et le volume d’air à dépolluer.

Pour résumer, toutes les études montrent qu’en laboratoire, « les plantes possèdent des capacités d’abattement avérées vis-à-vis de polluants gazeux tels que le monoxyde de carbone, les COV et le formaldéhyde, par exemple ». Ces études en enceintes expérimentales sont réalisées à des concentrations supérieures à celles rencontrées dans l’air intérieur, sur des substances seules et pendant des durées limitées. Plus précisément, il apparaît que l’ensemble substrat/racine/plante possède une action plus efficace que la plante (feuille) seule, grâce aux micro-organismes du sol.

Bonne nouvelle donc. Cependant, certains facteurs limitants peuvent réduire l’efficacité potentielle des plantes (température, humidité relative, luminosité, ainsi que surface, rugosité et densité foliaires…). L’équilibre qui s’instaure entre les concentrations des substances présentes dans l’air et celles à l’intérieur du végétal est également à prendre en compte, de même que la saturation au fil du temps de l’accumulation des polluants à l’intérieur des végétaux. De ce fait, en l’état actuel de connaissances, encore limitées, l’utilisation de plantes en pot n’apparaît pas efficace pour éliminer les polluants de l’air dans les espaces clos, à l’échelle d’une pièce. « Les caractéristiques d’ambiance des milieux intérieurs (mouvements d’air réduits, température constante, faible hygrométrie, luminosité) ne sont pas propices à optimiser les facultés d’accumulation des polluants par les végétaux », explique l’OQAI. L’utilisation d’étiquettes mentionnant les vertus dépolluantes de certaines plantes vendues dans le commerce est donc prématurée à ce jour. De même, « il n’est aujourd’hui pas possible d’émettre des recommandations pratiques pour le grand public concernant, par exemple, le nombre et le type de systèmes de biofiltration à installer dans un logement, et leurs conditions d’entretien ».

 

 

Dans le JDLE : Des valeurs guides pour 4 polluants de l'air intérieur 



[1] Auparavant, un arrêté du 28 mai 2009 avait interdit à la vente dès le 1er janvier 2010 tout produit de construction et de décoration émettant du trichloréthylène, du benzène, du phtalate de bis (2-éthylhexyle) et du phtalate de dibutyle en quantité supérieure à 1 microgramme au mètre cube.



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