La planète s’éloigne des objectifs de développement durable en 2030

Le 18 juillet 2018 par Stéphanie Senet
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Chaque année, l'ONU évalue les avancées et les retards en matière d'ODD
Chaque année, l'ONU évalue les avancées et les retards en matière d'ODD

Accès à l’eau potable, à l’assainissement et à une énergie fiable et durable à un coût abordable, production et consommation plus responsables, restauration des écosystèmes… Les tendances mondiales à l’urbanisation et à l’essor économique retardent l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) pour 2030, selon le bilan dressé à l’occasion du Forum politique de haut niveau, qui se conclut ce 18 juillet à New York.

 

Focalisé sur la transformation vers des sociétés durables et résilientes, ce nouveau Forum politique a passé en revue 6 des 17 ODD. Au programme de cet Agenda 2030: l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et la gestion durable des ressources en eau (ODD n°6); l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable (ODD n°7); des villes ouvertes à tous, sûres, résilientes et durables (ODD n°11); des modes de consommation et de production durables (ODD n°12); la préservation et la restauration des écosystèmes terrestres (ODD n°15); et enfin une mise en œuvre revitalisée du Partenariat mondial pour le développement durable (ODD n°17).

 

Assainissement: retard prévu dans une centaine de pays

Fondamentaux, ces objectifs doivent alimenter les politiques gouvernementales touchant à la fois à l’eau, l’énergie, l’alimentation, la qualité de l’air, la protection de la biodiversité et du climat… Et il y a du pain sur la planche. En 2015, 12% de la population mondiale n’avait toujours pas accès à une eau potable de qualité et 30% ne pouvait bénéficier d’un service de base d’assainissement, selon le bilan onusien. «Dans 12 ans, des millions de personnes continueront de boire de l’eau non assainie dans 80 pays et ne disposeront toujours pas de toilettes décentes dans 107 pays», rappelle l’ONG WaterAid qui s’est basée sur les données de l’ONU. Par exemple, les Nicaraguayens ne boiront pas d’eau potable avant 2180, les Namibiens avant 2246 et les Erythréens avant 2507 selon les prévisions de l’association britannique.

Stratégie made in France
La France, qui a présenté son bilan d’étape par l’intermédiaire de la secrétaire d’Etat Brune Poirson, a mis en avant 4 de ses stratégies visant à atteindre les ODD: la lutte contre le réchauffement n’en fait pas partie. Elle a cité les Assises de l’eau, dont les conclusions prévues ont été reportées à la dernière minute à la fin août; la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dont le débat s’est ouvert sans idée claire du projet énergétique hexagonal et qui ne devrait pas être connue avant l’automne; la feuille de route sur l’économie circulaire, qui mise sur les mesures volontaires à défaut de moyens conséquents; enfin le plan Biodiversité, jugé peu ambitieux par les associations. Lot de consolation, un nouveau site internet destiné au grand public détaille la mise en œuvre des objectifs de développement durable dans l’Hexagone.

 

Essor de l’électricité et des gaz à effet de serre

Côté énergie, la population mondiale ayant accès à l’électricité est passée de 78% à 87% entre 2000 et 2016. La même année, 59% des Terriens disposaient de combustibles et de technologies propres pour la cuisson. La consommation d’énergies renouvelables s’est légèrement accrue pour atteindre 17,5% en 2015, grâce à l’essor de l’éolien et du solaire. Il n’en reste pas moins indispensable de réduire l’intensité énergétique[1] pour contrebalancer la hausse des émissions de gaz à effet de serre et rendre l’énergie plus abordable. Selon l’ONU, cette baisse doit atteindre 2,7% par an en moyenne entre 2016 et 2030. Par comparaison, elle s’est réduite d’environ 1,5% par an entre 1990 et 2010.

 

Davantage de déchets et de pollution atmosphérique

En matière d’habitat, la population vivant dans des taudis a été divisée par deux entre 1990 et 2014 en pourcentage (de 46% à 23%) mais a augmenté en valeur absolue -à cause de la hausse rapide des migrations dans les villes et de la population mondiale- passant de 689 à 883 millions d’habitants. Or cet essor accroît les problèmes de collecte de déchets, particulièrement critiques en Afrique subsaharienne où ils ne sont pas récupérés. Il aggrave aussi l’exposition à la pollution de l’air aux particules fines, 91% de la population urbaine ne respirant toujours pas un air conforme aux lignes directrices de l’OMS[2] pour les PM2,5.

 

Les matières consommées progressent, les espèces disparaissent

Au chapitre de l’économie circulaire, les législations en faveur d’une production et d’une consommation durables gagnent du terrain et concernent désormais 109 pays. Ce qui n’empêche pas la consommation nationale moyenne de matières d’augmenter en valeur absolue.

Du côté des écosystèmes, la surface forestière continue de régresser, mais à un rythme inférieur de 25% à celui des années 2000-2005. Les forêts les plus menacées se trouvent en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine à cause du développement des activités agricoles. Autre point noir: l’indice de la Liste rouge de l’UICN[3], qui évalue les risques d’extinction de 20.000 espèces animales et végétales. Il ne s’élève plus qu’à 0,74 contre 0,82 en 1993 et plus il se rapproche de zéro et plus le danger est grand.

Enfin, côté financements, seuls 5 pays, membres du comité d’aide au développement de l’OCDE, ont atteint l’objectif d’accorder 0,7% de PNB à l’aide publique au développement. Il s’agit du Danemark, du Luxembourg, de la Norvège, du Royaume-Uni et de la Suède.



[1] L’intensité énergétique mesure la quantité d’énergie utilisée pour produire une unité de PIB.

[2] Organisation mondiale de la santé

[3] Union internationale pour la conservation de la nature

 



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