La pétrochimie, cet obscur acteur du réchauffement

Le 05 octobre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La pétrochimie émet 1,5 milliard de tonnes de gaz à effet de serre par an.
La pétrochimie émet 1,5 milliard de tonnes de gaz à effet de serre par an.
Transcanada

A l’origine de produits aussi divers que les pneus, les détergents, les intrants agricoles ou les plastiques, la pétrochimie est un gros contributeur au réchauffement climatique. Une position qui n’est pas inéluctable, estime l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Depuis des lustres, plastiques, pneumatiques, détergents et fertilisants n’ont pas bonne presse environnementale. Curieusement, la pétrochimie, leur industrie-mère, semble épargnée par les experts du climat. Pourtant, rappelle le dernier rapport de l’AIE, la chimie du pétrole et du gaz est un gros contributeur au renforcement de l’effet de serre.

1,5 milliard de tonnes de GES

A lui seul, le secteur consomme autant d’énergies (fossiles, forcément) que les producteurs d’acier et de ciment réunis. Les émissions carbonées sont à l’avenant. Bon an mal an, raffineries et usines pétrochimiques relâchent 1,5 milliard de tonnes de gaz à effet de serre (GES): autant que l’Allemagne et la France réunies.

Et cela ne devrait pas s’arranger. La demande de plastique ne cesse de progresser et a désormais dépassé celle d’autres matériaux de base, comme l'acier, l'aluminium ou le ciment.

énorme potentiel de croissance

Les Etats-Unis, l'Europe et les autres économies avancées utilisent jusqu'à 20 fois plus de plastiques et 10 fois plus d'engrais que des pays émergents comme l'Inde ou l'Indonésie. Ce qui «souligne l'énorme potentiel de croissance dans le monde», note l'AIE.

La pétrochimie est aussi devenue le principal facteur de croissance de la demande de brut, devant le transport terrestre et aérien. Elle représentera plus d'un tiers de cette croissance d'ici 2030 et presque la moitié d'ici 2050.

Si les trajectoires actuelles ne s’infléchissent pas, la consommation de produits issus de la pétrochimie devrait croître d’un tiers d’ici à 2030, et de 60% d’ici à 2050. Cette année-là, le secteur produira 1 Mdt de produits de base et finis. Et rejettera 2 Mdt de GES par an dans l’atmosphère.

croissance et réduction

Ce n’est pas une fatalité. En améliorant l’efficacité énergétique des sites de production, en substituant le gaz naturel au pétrole et en développant le recyclage des plastiques et la séquestration géologique du carbone, l’AIE estime possible de réduire de 45% les émissions carbonées du secteur, tout en accroissant de 40% sa production. 

Le pari est audacieux. Mais ce n’est qu’à ce prix que l’on préservera le climat d’un coup de chaud supplémentaire et les océans d’un surplus de déchets plastiques.

Soif. Que ce soit pour produire l’énergie dont elle a besoin ou pour ses process, la pétrochimie est une grosse consommatrice d’eau. Selon l’AIE, raffineries et usines engloutissent plus de 5.400 milliards de mètres cubes par an. Si l’Amérique du Nord et l’Asie Pacifique représentent les deux tiers de cette demande, la consommation d’eau pétrochimique est particulièrement problématique dans les zones à fort stress hydrique, comme dans les Etats du golfe arabo-persique.


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