La perruche à collier toujours mieux implantée en Ile-de-France

Le 01 mars 2019 par Romain Loury
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Plus de 85.000 individus en Europe en 2017
Plus de 85.000 individus en Europe en 2017
Cyril Cottaz/ONCFS

Elle poursuit sa colonisation: selon un bilan publié  mercredi 27 février par l’ONCFS, la population francilienne de la perruche à collier, espèce exotique envahissante, atteindrait 5.300 individus, au minimum. Si les risques semblent pour l’instant minimes, d’autres pays européens ont dû interdire sa vente, voire autoriser son abattage.

Présente depuis les années 1970 en Ile-de-France, la perruche à collier (Psittacula krameri), dont il existe plusieurs sous-espèces originaires d’Afrique et d’Inde, y aurait principalement été introduite à l’occasion d’accidents de déchargement de cages destinées à des animaleries, à l’aéroport de Roissy en 1974, ainsi qu’à celui d’Orly dans les années 1990.

Depuis, le volatile s’y est bien implanté: «que les hivers soient doux ou plus rigoureux, elles se sont bien adaptées, et ne présentent pas de mortalité importante», constate Paul Hurel, ingénieur à l’ONCFS[i] Ile-de-France, contacté par le JDLE. Un dernier bilan, publié mercredi 27 février par l’office, montre même une nouvelle augmentation de leurs effectifs.

Six grands dortoirs analysés

Ce comptage a été mené sur les six dortoirs recensés en Ile-de-France. Car comme les psittacidés (perroquets et perruches), des milliers de perruches à collier de diverses populations regagnent chaque soir un dortoir, retrouvant en journée leur lieu de prédilection, où elles se reproduisent et installent leur nid.

Lors de ce bilan, 5.300 perruches à collier ont été dénombrées, à savoir 1.100 à Massy (Essonne), 1.650 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), 1.500 à Nanterre (Hauts-de-Seine), 650 à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), 260 à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne) et 140 à Saint-Rémy-de-Chevreuse (Yvelines). «Les dortoirs de Vincennes et Orsay n’ont pas pu être comptabilités cette année», ajoute l’ONCFS.

La population est donc en légère hausse par rapport au précédent comptage de 5.000 individus, en 2016. Toutefois, elle pourrait être sous-estimée, du fait qu’une grande partie des perruches de Massy (qui a atteint jusqu’à 3.000 individus!) seraient parties vers d’autres dortoirs, explique Paul Hurel, qui avance la possibilité d’un effectif francilien de 6.000 individus.

D’autres foyers en France

L’Ile-de-France n’est pas la seule région touchée: d’autres communautés importantes existent à Marseille (près de 3.000) et Lille (950), ainsi que de plus petits foyers, en particulier à Fréjus, Montpellier, Nancy, Strasbourg, Cannes et Toulouse. Dans une thèse qu’elle a soutenue en décembre 2017 au MNHN et au LPED[ii], Marine Le Louarn, estime qu’«en l’absence de comptages dans de nombreuses villes, l’effectif français pourrait être proche des 10.000 individus en 2017».

La situation est toutefois moins critique que dans d’autres pays, particulièrement le Royaume-Uni et ses 31.000 perruches. La perruche à collier est également très implantée en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, pays dans chacun desquels elle compterait entre 10.000 et 11.000 individus. Quant à Barcelone, elle résonne des piaillements de trois espèces de perruches, à savoir celle à collier, mais aussi la conure veuve (dont quelques individus sont présentes dans le sud de la France) et la perruche Alexandre (absente en France).

En France, la perruche à collier peut être achetée dans le commerce, mais il est interdit de la relâcher en milieu naturel. A la différence du Royaume-Uni, où il est possible, depuis 2009, d’abattre sans permis cette espèce classée nuisible, y compris dans sa propriété. Quant à l’Espagne, elle interdit leur vente et leur détention depuis 2013.

Des nuisances minimes… pour l’instant

Faudra-t-il en arriver là en France? La question peut se poser, d’autant que la perruche à collier n’est pas exempte de nuisances potentielles: au-delà de ses cris très sonores et de ses fientes, elle peut s’avérer très délétère pour les cultures agricoles, en particulier l’arboriculture. Premier oiseau ravageur des cultures en Inde, à l’origine d’importants dégâts agricoles en Israël, ses méfaits sont pour l’instant discrets en France, mais rien n’indique qu’ils ne s’aggraveront pas.

Dans un rapport publié en 2014 au sujet du parc de Sceaux (Antony, Hauts-de-Seine), l’équipe de Philippe Clergeau, du MNHN, indiquait qu’«en Ile-de-France, des dégâts sont surtout notables sur les fruitiers des jardins privés (cerisiers, pruniers, pommiers…) et sur les vergers d’un lycée agricole. Pour l’instant il n’y a pas de plainte de la part de producteur de fruits. L’autre impact plus visible est l’ébourgeonnage des arbres (marronniers notamment), ce qui se traduit par des grands arbres, isolés ou en alignement, complètement dépourvus de feuilles sur tout le haut de leur canopée», avec «plusieurs observations en Hauts-de-Seine et Yvelines».

De plus, la perruche pourrait avoir un effet néfaste sur d’autres espèces d’oiseaux, comme l’ont suggéré quelques travaux. Selon une étude menée en 2013 dans le parc de Sceaux, «dans les secteurs à forte densité, les perruches a collier ont un impact sur les disponibilités en cavités et donc sur les reproductions d’autres espèces cavernicoles». D’autres travaux menés en Belgique ont montré de possibles compétitions avec la sitelle torchepot (Sitta europaea).

Quant aux risques sanitaires pour l’homme, principalement la grippe aviaire et la psittacose, ils semblent, pour l’instant, exclus. Aucun individu analysé à ce jour n’a été avéré porteur de l’une de ces maladies, à l’exception du cas d’une perruche retrouvée morte et porteuse de la bactérie Chlamydia avium (l’agent de la psittacose est Chlamydia psittaci), dont l’impact sur l’homme est peu connu.

Faut-il réguler l’espèce?

Face à des risques, en particulier agricoles, qui ne s’avèrent pour l’instant que lointains, y a-t-il lieu de réguler, voire d’éradiquer, la perruche à collier? Dans sa thèse, Marine Le Louarn rappelle qu’«à l’instar des autres espèces exotiques envahissantes, une fois les populations suffisamment établies pour que des impacts soient visibles, les mesures de gestion peuvent être extrêmement difficiles à mettre en place et les actions très coûteuses».

A ce jour, une seule expérience a été menée par l’ONCFS dans l’agglomération niçoise, durant l’hiver 2018, en raison d’impacts agricoles. Plus qu’un contrôle de la population, il s’agissait surtout pour l’office de déterminer quelles méthodes d’intervention utiliser en cas de nécessité, explique au JDLE Virginie Croquet, ingénieure à l’ONCFS en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Une cinquantaine d’individus ont été prélevés (par tirs), tandis que les tentatives de piégeage ont échoué. Bilan de cette opération: «on n’arrivera pas à contrôler ni à éradiquer la population dans ces conditions-là», juge Virginie Croquet.

Quant à intervenir en milieu urbain, l’opération n’aurait rien d’une quelconque dératisation, et risque de se heurter à une faible acceptation de la part de la population. Sans aller jusque-là, Virginie Croquet estime qu’en premier lieu «les gens doivent bien comprendre qu’ils ne doivent pas les relâcher dans la nature, et qu’ils doivent éviter de nourrir» les perruches à collier en liberté.



[i] Office national de la chasse et de la faune sauvage

[ii] MNHN: Muséum national d’histoire naturelle; LPED: Laboratoire population environnement développement

 



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