La peinture au plomb cause encore des ravages dans le monde

Le 29 octobre 2013 par Marine Jobert
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Le plomb, interdit depuis 1949 dans les peintures en France.
Le plomb, interdit depuis 1949 dans les peintures en France.
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Fardeau sanitaire autant qu’économique, le plomb dans les peintures est encore un sujet d’actualité dans des dizaines de pays à travers le monde. Réglementation inexistante ou laxiste et manque d’information des populations empoisonnent chaque année 600.000 enfants, souvent touchés par d’autres pollutions qui compromettent déjà leurs facultés mentales.

 

Elle aurait un léger goût sucré qui plairait aux enfants… La peinture au plomb continue de causer des ravages sanitaires, rappelle une étude réalisée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) et publiée à l’occasion de la semaine internationale d’action pour la prévention de l’intoxication au plomb[1]. L’analyse de 234 peintures décoratives à base d’émail utilisées pour la décoration dans 9 pays du monde -Argentine, Azerbaïdjan, Chili, Côte d'Ivoire, Ethiopie, Ghana, Kirghizistan, Tunisie et Uruguay- montre qu’une grande majorité des peintures testées ne respectent pas les normes standards établies dans la plupart des pays industrialisés[2], voire les dépassent de façon inquiétante.

 

600.000 enfants empoisonnés par an

L’exposition humaine au plomb est responsable de 143.000 décès chaque année et représente 0,6% de la morbidité mondiale. Les effets neurotoxiques du plomb –même à faible dose[3]- entraînent environ 600.000 nouveaux cas de handicap mental par an chez les moins de 12 ans. «A notre époque, c’est hallucinant de constater qu’en peignant la chambre de leurs enfants, ou en leur donnant un jouet coloré, les parents, sans le savoir, peuvent les exposer à un poison néfaste et dangereux: le plomb, a déclaré Nick Nuttall, porte-parole et directeur de la communication du Pnue. Il existe des alternatives sans danger et à faibles coûts qui sont déjà utilisées et qui peuvent lever ce problème sanitaire en un temps très court.» Reste à les mettre en œuvre.

 

Une réglementation efficace

Le Pnue observe que les réglementations nationales sont très efficaces pour endiguer la contamination. 30 pays ont déjà commencé à supprimer l’usage de ce genre de peinture. Et l'Alliance mondiale pour l'élimination de la peinture au plomb a fixé un objectif de 70 pays d'ici 2015. Par exemple, au Chili et en Uruguay –dont les règlementations nationales interdisent la production, l’importation, la distribution, la vente et l’utilisation de peintures contenant une concentration de plomb supérieure à 600 parties pour million (ppm)- les peintures testées présentaient de faibles concentrations en plomb. A l’inverse, dans chacun des 7 autres pays, au moins deux échantillons de peinture décorative à base d’émail contenaient des niveaux de plomb supérieurs à 10.000 ppm; dans 4 de ces pays, au moins une des peintures décoratives testées présentait une concentration de plomb égale ou supérieure à 99.000 ppm. Sur les 234 échantillons testés, seuls 20 présentaient des informations sur le contenu en plomb (la grande majorité d’entre eux ayant été collectés en Uruguay).

 

Ces résultats rejoignent ceux obtenus par l’Ipen, un réseau mondial d’ONG spécialisées en santé et en environnement, qui a collecté et analysé des peintures décoratives dans plus de 30 pays en développement et en transition économique. Sur le continent africain, par exemple, des concentrations très élevées ont été relevées au Cameroun (23.100 ppm), en Egypte, (26.200 ppm), au Nigeria (37.000 ppm et 15.750 ppm, selon les peintures analysées), au Sénégal (5.870 ppm), en Afrique du Sud (19.860 ppm) ou en Tanzanie (14.500 ppm).

 

Un fardeau économique

L’intoxication au plomb peut être asymptomatique. L’OMS a publié un guide succinct des méthodes de dosage de plomb dans le sang pour améliorer la détection de ce fléau, qui amoindrit la performance scolaire des enfants et leur productivité en tant qu’adultes. L’OMS rappelle qu’une étude récente sur l'impact économique de l'exposition des enfants au plomb sur les économies nationales estime la perte cumulative totale à 977 milliards de dollars par an (709 Md€) dans tous les pays à revenus faibles ou moyens. La perte économique estimée pour l'Afrique est de 134,7 Md$ (97,7 Md€) ou 4,03% du produit intérieur brut. Le Pnue préconise d’allier un renforcement des réglementations nationales à un étiquetage des produits et à des campagnes d’information du grand public sur les dangers du plomb.

 

 



[1] organisée par l'Alliance mondiale pour l’élimination de la peinture au plomb

[2] 90 parties par million (ppm) aux Etats Unis et au Canada

[3] Les lignes directrices récentes de l'Organisation mondiale de la santé indiquent qu'il n'y a pas de niveaux connus d'exposition au plomb acceptables pour les enfants.

 

 



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