La pêche : un secteur sinistré par le climat du XXIe siècle

Le 25 septembre 2019 par Stéphanie Senet
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Un quart de captures en moins d'ici à 2100 sous l'effet de la surpêche et du réchauffement
Un quart de captures en moins d'ici à 2100 sous l'effet de la surpêche et du réchauffement

 

En baisse depuis la fin des années 1990, les captures mondiales de poissons pourraient chuter de 24% d’ici à 2100[1] selon le résumé pour décideurs adopté ce 25 septembre.

 



[1] Par rapport à la période 1986-2005 selon un scénario RCP 8.5

C’est un pavé dans la mare océanique. «Jusqu’à présent, on pensait qu’il y avait des espèces perdantes du réchauffement et des espèces gagnantes. Finalement, il y a surtout des perdants. C’est une transformation majeure et son coût sera énorme pour les commuanutés», résume Philippe Cury, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Selon l’évaluation du Giec, le potentiel de captures mondiales pourrait en effet chuter de 20,5 à 24,1% d’ici à 2100 par rapport à la période 1086-2005, selon un scénario RCP 8.5. Dans le cadre d’un scénario ambitieux (RCP 2.6), la perte serait 3 à 4 fois moindre.

 

Migrations d’espèces tropicales

Le réchauffement climatique accentue la diminution des captures due à la surpêche (environ 1 million de tonnes en moins chaque année), enregistrée depuis la fin des années 1990.  Avec des conséquences irrémédiables pour certaines communautés. «En Afrique de l’Ouest, les sardines ont tendance à remonter vers le nord et sont surpêchées par les Chinois. Ce qui pose déjà d’énormes problèmes de sécurité alimentaire», explique Philippe Cury. Les migrations d’espèces halieutiques, en particulier tropicales, vont se développer. «On observe déjà ces espèces en Méditerranée et en Bretagne, et elles ne sont pas remplacées par d’autres espèces dans leurs régions d’origine», poursuit-il.

C’est toute la chaîne alimentaire qui se trouve modifiée. Sous l’effet du réchauffement de la température de l’eau, le plancton se modifie, en Méditerranée par exemple. Résultat: les sardines ne grossissent plus autant et les mammifères marins manquent de lipides. Cela va aussi poser un problème de gouvernance entre les pays gestionnaires de pêcheries. Pour l’heure, aucune organisation ni quota de pêche ne prend en compte l’évolution des espèces halieutiques. Selon le Giec, des problèmes sont pourtant attendus dans les zones Arctique, Atlantique du Nord et Pacifique.

 

Essor des zones mortes

Autre source d’inquiétude: la désoxygénation de l’océan. La perte de l’oxygène dissout est en effet estimée par le Giec entre 3 et 4% d’ici à 2100, «ce qui créer d’immenses problèmes pour les écosystèmes marins, avec de nombreuses destructions d’habitats», analyse Philippe Cury. Au total, 4,5 millions de kilomètres carrés sont devenus des zones mortes depuis 1960 : l’équivalent de la superficie de l’Union européenne.

Eux aussi touchés, les récifs coralliens souffrent à la fois du réchauffement des eau et de la désoxygénation. Selon le Giec, les coraux d’eau froide devraient perdre de 8 à 10% de biomasse d’ici à 2100.

 

 

 

 



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