La pêche plongera-t-elle dans le 21e siècle ?

Le 19 novembre 2019 par Stéphanie Senet
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Au programme: fin de la surpêche, aquaculture marine, aires marines protégées...
Au programme: fin de la surpêche, aquaculture marine, aires marines protégées...

Les océans pourraient fournir six fois plus de nourriture, en 2050, si la surpêche disparaissait et si la gestion des pêcheries était optimisée, indique un rapport, publié ce 19 novembre, par la FAO. Chiche?

Y aura-t-il encore des poissons dans 10 ans ? La question se pose alors que les perturbations des écosystèmes marins liées au dérèglement climatique, à la surpêche et aux pollutions augmentent. Une fois n’est pas coutume, la FAO affiche aujourd’hui un bel optimisme. Dans le cadre du panel de haut niveau pour une économie durable de l’océan en 2020[1], l’Organisation publie en effet un scénario qui ne se contente pas de maintenir la production halieutique à son niveau actuel mais lui promet un bel essor d’ici à 2050.

Deux tiers des besoins en protéines

Au menu: 6 fois plus de nourriture qu’aujourd’hui avec un total de 364 millions de tonnes de protéines animales, captures d’espèces sauvages et mariculture comprises. En 2050, les océans pourraient donc assurer deux tiers des besoins alimentaires mondiaux de protéines estimés à 500 millions de tonnes par la FAO. Un très bon point contre la faim.

En comparaison, les poissons apportent aujourd’hui 20% des protéines animales consommées dans le monde et 6,7% de toutes les protéines, selon un rapport de la FAO de 2018. Dans certaines régions, ils sont encore plus essentiels. En Indonésie ou au Sri Lanka, ils fournissent au moins 50% des protéines animales consommées par la population.

Atout climatique

L’autre atout du scénario de la FAO est climatique. La production de ces nouvelles protéines ne nécessite aucun changement d’affectation de terres, aucun intrant, et émet donc moins de CO2 que des protéines d’origine terrestre (à quantité protéinique égale). De l’autre côté de la médaille, le réchauffement est déjà à l’œuvre et a provoqué une baisse de 4,1% du rendement maximum durable des 235 plus grandes pêcheries commerciales au monde. Il est urgent d’adapter les pratiques de pêche…

Mieux pêcher

Comment atteindre cet essor de protéines sans accroître la surpêche ? Les auteurs du rapport basent leur stratégie sur une nouvelle façon de pêcher, sans trop la détailler. Au programme: s’approcher du point zéro de la surpêche, optimiser l’utilisation des captures actuelles et puiser dans des ressources non exploitées. Résultat escompté: une hausse des captures annuelles allant jusqu’à 98 Mt. Soit une progression de 20% par rapport aux prises actuelles.

Le rapport préconise une évaluation précise des stocks des espèces les plus importantes au plan nutritif, des contrôles efficaces et généralisés des pêcheurs pour réduire au maximum la surpêche, la suppression des subventions favorisant la surexploitation des ressources ainsi que le développement d’aires marines protégées bénéfiques à la reconstitution des espèces.

Une nouvelle génération d’aquaculture

Mais les bénéfices les plus importants sont attendus au niveau de l’aquaculture marine, en particulier de la production d’algues et de bivalves (moules) qui ne nécessitent aucun intrant alimentaire et favorisent le développement des habitats d’espèces sauvages. L’aquaculture traditionnelle, qui est alimentée par les farines et huiles de poissons, n’est envisagée que si ses impacts environnementaux sont «minimisés», écrivent les auteurs. Pour faciliter l’émergence de cette nouvelle génération d’aquaculture, le rapport préconise de lever les freins réglementaires et de sensibiliser au mieux les consommateurs sur les atouts de ces protéines marines.



[1] Qui regroupe 14 chefs d’Etat : Australie, Canada, Chili, Fidji, Ghana, Indonésie, Jamaïque, Japon, Kenya, Mexique, Namibie, Norvège, Palaos et Portugal

 



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