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Là où le poisson-lapin passe, l’algue trépasse

Le 19 septembre 2014 par Romain Loury
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Le poisson-lapin va-t-il brouter nos côtes?
Le poisson-lapin va-t-il brouter nos côtes?
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Le poisson-lapin est-il en train de s’installer sur les côtes françaises de la Méditerranée? Tout porte à le croire, selon de récentes observations. Or il est à l’origine d’une désertification du plancher marin en Turquie.

Nul doute: la faune méditerranéenne est en train de se «tropicaliser». Depuis l’ouverture du canal de Suez en 1869, on estime que 309 espèces, dites «lessepsiennes» [1], l’ont traversé pour s’installer en Méditerranée, dont environ 75 poissons. Et en raison du réchauffement, elles tendent à quitter ses rives orientales pour se rapprocher des zones plus froides, dont les côtes françaises.

Parmi ces poissons, les deux poissons-lapins Siganus rivulatus et Siganus luridus. Respectivement identifiés en 1927 et 1956 dans la Méditerranée orientale, leur lente avancée vers l’ouest les a menés jusqu’en Tunisie et en Sicile. Et pour la première fois en 2009, deux spécimens de Siganus luridus, d’environ 20 centimètres chacun, ont été ramenés dans les filets de pêcheurs français à Sausset-les-Pins, entre Marseille et Fos-sur-Mer.

S’agissait-il d’individus isolés, transportés là par les eaux de ballast d’un bateau de passage, ou entraînés par les courants qui remontent les côtes italiennes? L’hypothèse semble désormais peu probable: début novembre 2011, plusieurs dizaines de Siganus luridus ont été aperçus à Villefranche-sur-Mer, à une dizaine de kilomètres de Nice, rapporte le laboratoire Ecomers (université de Nice-Sophia Antipolis), spécialisé dans la surveillance des espèces tropicales invasives.

Cette possible installation sur nos côtes n’a rien de rassurant, si l’on en croit une étude menée par des biologistes australiens et espagnols. Publiée le 18 septembre dans le Journal of Ecology, elle révèle l’ampleur des dégâts occasionnés par ces deux espèces invasives.

Un appétit vorace

Sur la côte sud de la Turquie, où elles peuvent représenter jusqu’à 45% des poissons, elles dévorent aussi bien les algues adultes que les jeunes pousses. A la différence des herbivores locaux, dominés par la saupe (Sarpa salpa), qui épargnent ces dernières.

Bilan: là où les deux poissons-lapins règnent, l’abondance en algues est réduite de 65%, la biomasse benthique (algues et invertébrés qui s’y nichent) de 60%, le nombre d’espèces totales de 40%. Parmi les grands perdants, les poissons carnivores, qui ne trouvent plus assez d’invertébrés pour se nourrir.

Pour le laboratoire Ecomers, l’impact des poissons-lapins «sur les écosystèmes algaux est sans précédent. Les zones broutées sont mises totalement à nu. Ces poissons représentent un réel danger pour les herbiers à Posidonia oceanica et les forêts de macro-algues du genre Cystoseira» que l’on trouve sur les côtes françaises.

«La tropicalisation est un phénomène qui s’accélère, il y a de plus en plus d’observations de poissons tropicaux», constate auprès du JDLE Eric Charbonnel, responsable scientifique du parc marin de la Côte bleue, qui couvre la zone allant de Marseille à l’embouchure de l’étang de Berre. Un phénomène d’autant plus inquiétant que le golfe du Lion compte parmi les eaux les plus froides de la Méditerranée.

Selon lui, le poisson-lapin est, sur les côtes françaises, «l’arbre qui cache la forêt». Car bien d’autres espèces font leur apparition, notamment le poisson-flûte (Fistularia commersonii) «aperçu une quarantaine de fois». Ou encore le poisson-globe (Sphoeroides pachygaster), pour la première fois observé à Antibes en mai dernier. Très prisé au Japon, ce poisson également appelé «fugu» doit être préparé de façon très minutieuse, afin d’en retirer les organes contenant sa toxine mortelle. A éviter en bouillabaisse.

[1] Du nom de Ferdinand de Lesseps, constructeur du canal de Suez.



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