Là où Helicobacter recule, l’obésité avance

Le 04 juin 2014 par Romain Loury
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H. pylori, plus efficace qu'un régime?
H. pylori, plus efficace qu'un régime?
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La raréfaction de la bactérie Helicobacter pylori, responsable d’ulcères et de cancers de l’estomac, serait-elle responsable de la hausse de l’obésité dans les pays industrialisés? Telle est l’hypothèse soulevée par des chercheurs australiens au terme d’une analyse de la littérature scientifique.

Présente dans l’estomac de la moitié de la population mondiale, cette bactérie est dans 80% des cas sans aucune conséquence pour son hôte mais, pour les autres 20%, elle entraîne à terme des complications, dont ulcères et cancers de l’estomac. Cependant, à cause de notre mode de vie de plus en plus aseptisé, H. pylori semble se raréfier.

Or ce qui pourrait apparaître comme un bien, en matière de prévention des ulcères et des cancers de l’estomac, semble avoir des conséquences sanitaires moins bénéfiques. C’est ce que révèle la méta-analyse publiée par une équipe de gastro-entérologues de l’hôpital Princess Alexandra de Woolloongabba (banlieue de Brisbane, Australie) dans la revue Alimentary Pharmacology & Therapeutics, suggérant un lien entre prévalences d’Helicobacter pylori et d’obésité dans la population.

Regroupant un total de 49 études menées dans 10 pays industrialisés (Europe, Etats-Unis, Japon, Australie), l’étude montre que plus une population héberge la bactérie, moins elle est atteinte de surpoids ou d’obésité.

Exemples: une étude britannique publiée en 2011 fait état d’une fréquence de 15,5% de H. pylori dans une population où le surpoids atteint 61%. A l’inverse, une étude japonaise de 2010 s’est penchée sur une population porteuse à 75,1% de la bactérie, avec seulement 23,2% de personnes en surpoids.

Lien direct ou non?

Outre cette étude, quelques travaux ont déjà montré une prise de poids après une intervention médicale visant à éradiquer H. pylori, par exemple en cas d’ulcère. Mais en l’état, rien ne confirme que cette bactérie empêche elle-même la survenue de surpoids ou d’obésité, ou qu’il s’agit d’un lien indirect.

Par exemple, les antibiotiques utilisés pour éliminer la bactérie pourraient aussi agir sur la flore intestinale, dont le rôle dans le surpoids est désormais bien établi. Direct ou non, ce lien éventuel entre H. pylori et surpoids pourrait en partie expliquer pourquoi l’obésité est à la hausse depuis quelques décennies.

«Le déclin graduel des colonisations par H. pylori observé ces dernières décennies pourrait être lié, de manière causale, à l’épidémie d’obésité dans le monde occidental», juge ainsi Gerald Holtmann, co-auteur de l’étude. Ce qui n’est pas sans évoquer l’hypothèse hygiène, selon laquelle la récente explosion des allergies dans nos sociétés serait liée à un environnement de plus en plus aseptisé.



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