La Nouvelle-Aquitaine s’invente un avenir résilient en 2030

Le 09 juillet 2019 par Stéphanie Senet
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Séance exceptionnelle au conseil régional pour s'engager dans la stratégie Néo Terra
Séance exceptionnelle au conseil régional pour s'engager dans la stratégie Néo Terra

Pionnière en matière de transition, avec la commande d’études ciblant le climat (AcclimaTerra) et la biodiversité (Ecobiose), la région Nouvelle-Aquitaine passe du diagnostic à l’action. Elle doit adopter, ce 9 juillet en séance plénière, sa feuille de route Néo Terra qui vise de profondes mutations d’ici à 2030.

 

Touchée par l’érosion (1 mètre par an depuis 70 ans), la pollution atmosphérique, la disparition des oiseaux (alouette des champs, perdrix, pinson, tourterelle des bois), des insectes (carabes), et l’essor de la production de déchets, la Nouvelle-Aquitaine s’est bâti un scénario résilient à mettre en œuvre dans les 10 prochaines années. Un scénario basé sur la limitation des risques sanitaires, la baisse de la précarité et de la vulnérabilité énergétiques, la préservation des écosystèmes et la gestion durable des ressources naturelles, mais aussi la conquête de nouveaux marchés et le déploiement d’innovations technologiques.

Tous ensemble

Crise démocratique oblige, la première ambition de ce plan d’action repose sur l’engagement citoyen. «Il faut embarquer tout le monde, les particuliers, les professionnels et les collectivités pour co-construire les politiques liées au réchauffement climatique», a affirmé le président du conseil régional Alain Rousset lors de la session plénière. Objectif : 100% de Néo-Aquitains sensibilisés en 2030 aux enjeux de l’eau, de la biodiversité, de la raréfaction des ressources, de la mobilité douce, des énergies renouvelables, etc.

Virage agro-écologique

La première région agricole de France compte sortir des pesticides cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) en 2025 et de tous les pesticides de synthèse en 2030. Une mutation profonde qu’elle veut engager aux côtés des agriculteurs, en favorisant des pratiques innovantes (biocontrôle, rotations en faveur des légumineuses, variétés résistantes, etc).

Avec quels moyens ? «Le gouvernement cherche à nous reprendre le 2ème pilier des aides de la PAC. C’est quasiment fait alors que c’est le levier d’excellence pour la transition. Il nous faudra donc inventer une forte mobilisation de toutes les collectivités et de vois avec Bruxelles les aides possibles liées à la lutte contre le réchauffement», affirme Alain Rousset. Au menu également : l’essor de la certification des exploitations en agriculture biologique et en « haute valeur environnementale » pour atteindre 80% des exploitations en 2030. La Nouvelle-Aquitaine est aujourd’hui la deuxième région la plus bio de France en nombre de fermes et en superficie. Néo Terra vise aussi à capter les émissions de méthane des élevages par la micro-méthanisation et à réduire de 30% la consommation d’eau pour l’irrigation en période d’étiage.

Circuits courts

La Nouvelle-Aquitaine compte aussi favoriser les circuits alimentaires locaux en accompagnant la création de plateformes et de coopératives permettant d’assurer l’approvisionnement des cantines et en certifiant les marchés de producteurs locaux en plein air. Objectif: 30% de produits bio et locaux dans les cantines publiques en 2030[1]. Elle vise aussi le zéro gaspillage alimentaire dans les lycées[2] en 2030.

900 entreprises en transition

Au chapitre des entreprises, 150 « électrosensibles » seront accompagnées pour réduire leur consommation. Plus largement, les entreprises devront s’engager  dans une économie circulaire en réduisant leur consommation d’eau par deux, leur production de déchets, et en utilisant 100% de plastiques recyclés en 2025. 900 entreprises seront accompagnées entre 2020 et 2022.

Changer de route

Des transports poids lourds / 39% des émissions de gaz à effet de serre régionales proviennent des transports, 28% de l’agriculture, la pêche et la forêt, 12% des bâtiments, 11% de l’industrie et 8,2% du secteur tertiaire.

 

Côté transports, la région compte réduire la dépendance à la voiture. Une lourde tâche alors que c’est le premier mode de transport pour les déplacements domicile-travail, avec une part modale de 81,5% en 2016 contre 79,1% de moyenne en France. Sa solution ? Proposer des offres et tarifs attractifs sur les TER (un plan rail sera lancé pour moderniser les réseaux) ainsi que les autobus péri-urbains et les autocars interurbains.

Deuxième priorité : accentuer le report modal du fret vers le ferroviaire et le maritime en s’appuyant sur le grand projet Sud-Ouest (une nouvelle voie ferrée vers l’Espagne) et sur l’essor des ports de La Rochelle, Bordeaux, Bayonne et Tonnay-Charente.

Enfin, la région mise sur les motorisations alternatives pour équiper 5.000 cars et 191 rames de TER et déployer un réseau de stations et bornes de recharge.

120.000 rénovations par an

Au chapitre du bâtiment, Néo Terra rappelle que la région finalisera son Sraddet[3] à la fin de l’année. L’occasion de privilégier la résilience et les solutions basées sur la nature pour s’adapter aux risques climatiques et de s’engager vers la sobriété foncière. Côté rénovation, la région vise 120.000 logements par an pour un gain énergétique de 50% en 2050.

100% d’ENR en 2050

Au chapitre énergétique, la Nouvelle-Aquitaine vise l’autonomie régionale décarbonée en 2050. Objectifs : 45% d’ENR en 2030, 100% en 2050, et aussi 30% de gaz vert injecté dans les réseaux régionaux en 2030 et autosuffisance en gaz en 2050.

Objectif zéro déchet

Pour tendre vers le zéro déchet en 2030, Néo Terra veut développer les ressourceries (+30% en 2030 pour atteindre 100 structures), réduire sa production de déchets ménagers (-14% en 2030), valoriser 80% des déchets du BTP en créant 50 plateformes dédiées, et multiplier les expérimentations d’emballages consignés.

Zéro perte nette d’espaces naturels

En matière de biodiversité, 25 réserves naturelles régionales seront créées et la région s’attaque à l’artificialisation en visant zéro perte nette de surface en milieux naturels, dont zéro destruction nette de zones humides. Quant à la consommation d’espace, elle devra être réduite de moitié en 2030 (objectif du Sraddet). Un vrai défi alors que la région a artificialisé 40.500 hectares de surfaces naturelles, agricoles et forestières entre 2006 et 2015 pour construire des logements, des industries, des commerces, des infrastructures et des équipements.

Eau précieuse / 54% des eaux de surface et 29% des eaux souterraines affichent un état moyen ou mauvais. 45% du territoire est classé en zone vulnérable. 20% des cours d’eau sont touchés pas un risque lié aux nitrates et 36% d’entre eux par un risque lié aux pesticides. Les prélèvements d’eau sont par ailleurs trop importants : 1,5 milliard de mètres cubes en 2015 dont 46% pour l’agriculture, 34% pour l’eau potable, 12% pour l’industrie et 8% pour l’énergie (hors centrales du Blayais et de Golfech).

 

 

 

 



[1] La loi alimentation vise 20% de bio en 2022 dans les cantines publiques

[2] Dont la gestion relève de sa compétence

[3] Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires

 



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