La Nouvelle-Aquitaine a son Giec

Le 22 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Hervé Le Treut (à gauche) à la COP 21.
Hervé Le Treut (à gauche) à la COP 21.
VLDT

Mandatés par la région, plus de 300 scientifiques ont publié, le 1er juin, une vaste étude sur les conséquences des changements climatiques pour la Nouvelle-Aquitaine. Un rapport sur lequel devrait s’appuyer la politique régionale d’atténuation et d’adaptation.

 

Tous les 5 ou 6 ans, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) publie son rapport d’évaluation. Généralement étalée sur une année, la publication des 4 tomes de cette importante somme scientifique a de quoi dérouter. Le langage y est peu compréhensible pour le commun des mortels et les précautions littéraires ne facilitent pas toujours la hiérarchisation des risques. Malgré ces défauts, ces rapports d’évaluation constituent le socle de l’action publique internationale en matière d’atténuation (baisse des émissions de gaz à effet de serre) et d’adaptation.

Première française

Un modèle copié par le conseil régional de Nouvelle-Aquitaine. Sous l’impulsion de son président, Alain Rousset, l’exécutif de la plus grande région de l’Hexagone a repris à son compte la démarche initiée à la fin des années 1980 par les responsables de l’ONU. Voilà 5 ans, l’Aquitaine avait confié à Hervé Le Treut le soin de rédiger un rapport sur les conséquences des changements climatiques pour l’environnement et les activités anthropiques dans la région. Une première française!

Mutation administrative

Le célèbre climatologue, bordelais d’origine, avait alors recruté une centaine de chercheurs et d’universitaires locaux pour synthétiser l’état de la connaissance. Publié en 2013, Prévoir pour agir  décrit les effets du réchauffement sur l’économie (agriculture, viticulture, tourisme…), les paysages (côtes, forêts, montagne, estuaire…), l’environnement (air, eau…), la population (santé…) et ouvre des voies possibles d’adaptation.

La Nouvelle-Aquitaine en chiffres : 84.000 kilomètres carrés, 5,9 millions d’habitants, 51 millions de tonnes équivalent CO2 par an, 30% de la région est boisée, 20% de l’électricité consommée est d’origine renouvelable.

Avec la mutation administrative de la région (devenue Nouvelle-Aquitaine après avoir fusionné avec Poitou-Charentes et le Limousin), il devenait urgent de mettre à jour l’étude initiale. C’est chose faite. Après deux ans de travail, l’équipe d’Acclimaterra, toujours dirigée par le patron de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), vient de rendre sa copie.

Deux fois plus de contributeurs

Sans surprise ‘Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine’ est plus volumineux que le premier opus. «Nous nous sommes adaptés au nouveau territoire de la région et nous avons aussi étendu le champ de notre travail», explique Hervé Le Treut. Avec un effectif scientifique deux fois supérieur à celui de l’équipe de rédacteurs du premier rapport, Acclimaterra a pu s’attaquer à de nouveaux sujets: évolution de la qualité des milieux naturels, énergie, territoires urbains, zones humides, participation du public. «Mais le chapitre qui m’a le plus fasciné est celui consacré au droit. Les instruments juridiques de l’adaptation sont complexes, et cela complète bien les enjeux de gouvernance», prévient Hervé Le Treut.

Se rapprocher des territoires

Conscient que seul un Français sur 6 comprend les enjeux climatiques, le climatologue s’est voulu pédagogue. Il a ainsi fait appel à de nouvelles disciplines. «Les sciences sociales sont devenues une évidence, complète le sociologue Denis Salles. Longtemps, on a considéré les changements climatiques comme un sujet international. Mais il faut se rapprocher des territoires où vont s’exprimer les conséquences du réchauffement.»

Plusieurs voies possibles

L’idée n’est pas de faire peur, ni de se substituer aux pouvoirs publics, mais bien d’établir un diagnostic et de proposer des solutions. «On donne des pistes aux politiques, sachant que plusieurs voies sont possibles pour s’adapter», souligne le sociologue de l’Irstea. Un exemple: la pêche. «On sait que les stocks de poissons vont migrer vers le nord et que les flottilles actuelles ne sont pas gréées pour les suivre très loin. A charge pour les politiques de créer les conditions permettant de mieux valoriser les produits de la pêche.»

informer et sensibiliser

Le rapport scientifique achevé, reste à faire passer les grands messages aux publics concernés. Un travail complexe. Certaines données peuvent en effrayer certains: le réchauffement s’accélère et implique de réagir rapidement et parfois sans nuances. «Il faut perdre de vue que pour chaque problématique, nous aurons des solutions gagnant-gagnant, résume Hervé Le Treut. Il manque déjà 250 millions de mètres cubes d’eau par an pour satisfaire tous les besoins dans le bassin Adour-Garonne. En 2050, ce déficit atteindra un milliard de mètres cubes.» Traduction: entre la maïsiculture irriguée et la viticulture, il faudra sans doute choisir. Et convaincre ensuite les agriculteurs du bien-fondé de la sélection.

Autre difficulté: la temporalité. Difficile de s’engager sur des choix qui devront être faits dans plusieurs décennies: «C’est toujours plus facile de sensibiliser les acteurs quand des décisions doivent être prises immédiatement», estime Denis Salles.



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